Les Arts Éphémères s'exposent jusqu’au 18 mai au Parc Maison Blanche, à Marseille

Longue vie à l’Éphémère !Vu par Zibeline

• 4 mai 2018⇒18 mai 2018 •
Les Arts Éphémères s'exposent jusqu’au 18 mai au Parc Maison Blanche, à Marseille - Zibeline

Dix ans déjà ! Maison Blanche, mairie du 9/10 de Marseille, vient d’inaugurer sa dixième exposition dans les jardins de sa Bastide. De petite manifestation locale, on est passé à une exposition d’envergure qui s’ouvre cette année à l’international et s’inscrit dans le cadre du circuit Marseille Expos et le Printemps de l’Art Contemporain. Cependant – et c’est ce qui fait toute son originalité – un brassage des participants s’effectue avec la présence d’élèves des Beaux-Arts (ENSDAM) en fin de cursus, et celle des élèves adultes des Ateliers Publics de la Ville de Marseille, ce qui en fait pour le nouveau directeur de cette école, Pierre Oudart, une manifestation « hospitalière ».

Le thème proposé cette année était le frottement. On pouvait s’attendre en cette saison Marseille 2018, quel amour ! à des traitements évoquant l’érotisme, la relation amoureuse. C’est juste parfois ébauché ; les artistes se montrant plutôt « soft », travaillant de préférence sur les matières, les volumes, la rencontre dans l’espace. La plupart des œuvres ont été créées spécialement pour cette occasion, ou du moins adaptées à ce thème, même si parfois il faut chercher un moment leur rapport avec lui. Mais l’essentiel n’est-il pas d’être séduit, charmé, intrigué par ce qui est montré ?

Dans les salons de la Bastide vous attendent trois œuvres assez exceptionnelles : les Cives de Dominique Blais, cercles de verre suspendus, fabriqués dans les ateliers du CIRVA, qui se heurtent parfois avec des sons cristallins ; derrière eux, devant une fenêtre donnant sur le parc, les créatures du finlandais Kim Simonsson séduisent par leur couleur verte obtenue avec des flocages de fibre nylon et leur évocation de la nature des forêts profondes ; les griffures bleues délicatement dessinées à partir de papier carbone de Jérémie Delhome s’inscrivent sur les murs. Puis dans le parc s’impose Le kiosque noir de Joseph Dadoune, artiste israélien, dont l’austérité évoque à la fois la cabane du nomade en exil et la pierre noire de La Mecque, prenant une dimension politique et culturelle ; surgissent les Apodes de Dominique Thévenin, colonnes tronquées d’acier rouillé de 300 kilos chacune dont on se demande comment elles gardent l’équilibre. Du métal encore avec l’élégante construction de Claire Dantzer en aluminium et tiges béton : collez-y votre oreille, vous entendrez des sirènes de bateau ; et les ressorts rouillés de matelas assemblés en cubes qui découpent l’espace et noient le regard, d’Éric Baudart. Plus loin une colonne hélicoïdale en bois enlace amoureusement un arbre sans le toucher, travail respectueux de Nicolas Pilard, inspiré par le lierre, tandis que Badr El Hammami met en scène ses interrogations sur les murs érigés dans certains pays pour diviser les peuples en multipliant les frontières. Climat plus joyeux avec des installations colorées qui se « frictionnent » avec légèreté : constructions de Mengzhi Zheng, panneaux découpés de Vanessa Husson et Geoffrey Blan et les Cabanes de bois et de tissu de Louella Coll et son clin d’œil à l’enfance. Mais encore l’œuvre d’un marseillais installé au Canada, François Michaud, qui met en scène deux sculptures de jeunes cerfs s’affrontant à la saison des amours, frères ennemis pour l’occasion. Au détour des sentiers on croise les créations des ateliers publics, pleines d’humour ou de tendresse, l’installation de branches couvertes de sucre rose pour nourrir les insectes de Tatiana Segado Martinez, Le chemin du retour de Stéphanie Saadé qui fait serpenter des dalles de pierre… Enfin on s’attarde devant l’assemblage de polystyrène de récupération qui flotte sur le plan d’eau tel un iceberg à la dérive, dont on entend les craquements sourds produits par la glace enregistrés au Pôle Nord, séduisant par sa plastique et par son engagement pour la protection de la nature. C’est la pièce d’une jeune artiste de Tarbes, Léa Lalanne. Gageons que les enfants des écoles et autres visiteurs apprécieront la variété des propositions et s’y « frotteront » avec plaisir.

CHRIS BOURGUE
Mai 2018

Arts Éphémères
jusqu’au 18 mai
Maison Blanche, Marseille
arts-ephemeres.fr

Photo : Léa Lalanne © Chris Bourgue