La fin de l’histoire de Luis Sepulveda : existe-t-elle vraiment ?

L’ombre d’une vengeanceLu par Zibeline

La fin de l’histoire de Luis Sepulveda : existe-t-elle vraiment ? - Zibeline

On n’échappe jamais à son ombre. Juan Belmonte le sait mieux que quiconque. Le personnage principal de La fin de l’histoire, le dernier roman de Luis Sepúlveda, ne cesse de le répéter. L’ombre de lui-même est restée quelque part dans les rues de Santiago. En ce début des années 2000, c’est elle qui le ramène dans la capitale du Chili. Cette ombre qui « nous poursuit avec la ténacité d’une malédiction. » Dans cette ville, Veronica, sa compagne, son amour, a subi la torture et s’est tue pour ne pas le balancer. 40 ans plus tard, elle est restée murée dans le silence. Il faut bien écrire la fin de l’histoire. Celle avec un H majuscule aussi. Le livre de Sepúlveda est à la fois une fiction et un document. « La littérature raconte ce que l’histoire officielle dissimule », explique l’auteur. « A toutes celles et ceux qui ont connu l’enfer de la Villa Grimaldi », indique-t-il dans son exergue. Il a vécu dans sa chair la torture sous le régime de Pinochet puis la douleur de l’exil. Dans ce récit, il nous plonge dans les jeux de pouvoir troubles qui ont agité toute l’histoire mondiale récente. Quelques notes à la fin de l’ouvrage mentionnent les faits authentiques consignés dans le roman. De Yalta à la dictature chilienne, de la guérilla marxiste en Bolivie à l’éclatement de l’URSS, de la guerre en Tchétchénie aux soldats nazis, les ramifications sont aussi nombreuses qu’inattendues. Opposants politiques, services secrets, mercenaires, militaires, tortionnaires, s’allient et se trahissent, se détestent et se manipulent. Parfois pour un intérêt partagé, mais les motivations sont bien différentes. À ce jeu, la violence est une marque de fabrique commune. L’ombre de Belmonte est en train de le rattraper. La vengeance est un plat qui se mange froid, paraît-il. A moins que, quand elle est trop froide, elle soit suffisamment écœurante pour ne pas être mangée.

JAN-CYRIL SALEMI
Mai 2017

La fin de l’histoire, de Luis Sepúlveda
Éditions Métailié, 17 €