Vu par Zibeline

Retour sur la sombre ambiance de Kindertotenlieder, joué à hTh à Montpellier

Lointain effroi

Retour sur la sombre ambiance de Kindertotenlieder, joué à hTh à Montpellier - Zibeline

L’atmosphère est taillée au couteau. La lumière de Patrick Riou drape la scène dans un noir et blanc de films des années 20. On sent le souffle froid du clair de lune sur le sol neigeux. Des silhouettes avec sweat à capuche, mains dans les poches, regard vissé sur les snickers. Bref, des ados. Un cercueil, ouvert, prêt à enfermer un corps. Musique lancinante. L’image est belle. Inconfortable, mais léchée.

On a lu, sur les feuillets distribués à l’entrée de la salle, la traduction des textes en anglais de l’auteur américain Dennis Cooper. On se doute bien que rien ne va s’arranger sur le plateau. « Je suis l’ordure la plus froide de toute l’histoire de l’humanité, mais ton cadavre pourri, puant, est en théorie tellement bandant que je crois qu’il va me faire fondre. »

En anglais, ça passe mieux. Donc, il y a un garçon suicidaire, un autre amoureux de lui jusqu’au meurtre, une femme blonde qui fait mine de s’entailler le bras avec une bouteille cassée, le sang coule sur sa peau diaphane (elle a enlevé son t-shirt avant l’acte), une imagerie gothique, un fantôme qui parle, la neige qui se met à tomber, le corps d’un homme nu, abusé et assassiné, peu à peu recouvert de flocons. La musique originale interprétée en direct par KTL (Stephen O’Malley et Peter Rehberg) catalyse ce paysage cauchemardesque.

« L’idée de te violer et de te tuer vient de provoquer la trillionième érection. » La guitare accompagne les pulsions. Les corps se déplacent dans un ralenti cinématographique. Des poupées, qu’on prenait pour des enfants, se font violenter, puis abandonner à leur nature morte de chiffons. On plane, c’est résolument beau.

Mais les intentions de Giselle Vienne, qui a créé ce Kindertotenlieder il y a bientôt dix ans, sont si criantes (le cercueil, la bouteille brisée, les jeunes désaxés) que l’effroi, finalement, reste délimité dans l’espace de la scène. On est juste les spectateurs d’un épisode d’une évidente sinistrose parfaitement interprétée, qui ne nous traverse pas. Le drame se déroule en vase clos, et c’est sûrement cela qui est le plus terrible.

ANNA ZISMAN
Février 2017

Kindertotenlieder a été joué à hTh, Montpellier, du 13 au 15 décembre

Photo : © Mathilde Darel


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