Les Arbres brûlés de Philippe Pastor au Musée de Bormes-les-Mimosas

L’œuvre manifeste de Philippe PastorVu par Zibeline

• 6 août 2020⇒4 octobre 2020 •
Les Arbres brûlés de Philippe Pastor au Musée de Bormes-les-Mimosas - Zibeline

« Est-ce que ce monde est sérieux ? » s’interroge l’artiste dont la colère ne faiblit pas face au pouvoir destructeur de l’homme sur la nature. L’homme révolté, pour citer Camus, espère encore éveiller les consciences.

Symboles de la déforestation, Les Arbres brûlés ont fait la réputation de Philippe Pastor. Réalisés dans ses ateliers de Monaco ou de Catalogne, ils se dressent où le vent les porte : à New York, Milan et Singapour, au siège des Nations Unies à Nairobi dans le cadre du projet « Plantons pour la Planète, la campagne pour un milliard d’arbres », sur l’esplanade du Grimaldi Forum, à Venise pour le 53ème Biennale, plus récemment à la gare du Nord et à la gare de Montparnasse à Paris à l’occasion du 20ème anniversaire du Traité de Kyoto et de la COP21. Sculptés, scarifiés, peints de pigments naturels, recouverts par intermittence d’éclats de miroirs brisés… Les Arbres brûlés sont devenus l’emblème de cet artiste engagé dans la protection de la planète depuis 2003, témoin meurtri des incendies spectaculaires qui ravagèrent le Sud de la France. À tel point qu’il fonde en 2004 son association « Art et environnement », et ne cesse de sublimer les restes calcinés des arbres en un geste artistique fort.

Le visiteur de son exposition monographique au musée Arts et Histoire de Bormes-les-Mimosas le constate physiquement, cueilli dès l’entrée par un bosquet à la hauteur vertigineuse et à l’effet immédiat. Complétée par une vidéo de l’artiste au travail, la scénographie met les points sur les « i » de façon éloquente : son œuvre fait corps avec la terre. Mais pas seulement, les peintures qui scandent le parcours et dialoguent avec son installation totémique, ouvrent d’autres horizons. Tendance lyrique, la série Avec le temps fait directement référence « à la vague déferlante et destructrice du Tsunami de 2004 » par le flux de matière déversée violemment sur la toile, elle-même immergée dans la nature en prise avec le vent, la pluie ou les rayons de lune. Tendance Klein, la série Bleu monochrome se nourrit d’un mélange de matières organiques et de pigments naturels brûlés au chalumeau sur certaines zones qui viennent animer la surface de la toile, laissant entrevoir des horizons illimités. Absente de l’exposition1, éclaboussée de grandes traces noires, la série Les Oiseaux de malheur évoque les sinistres mazoutages des océans par ses mouvements intrinsèques sombres, une gestuelle du corps que l’on imagine traversée de secousses violentes… Car à la manière de Pollock, Philippe Pastor travaille au sol, s’immerge physiquement dans la toile avant de la découper comme bon lui semble et confectionner ses propres châssis. Avec une énergie vitale qui contamine la matière même de la peinture, révélant une sensualité brute faite de filaments, de craquelures, de strates, de coulures mises à l’épreuve du temps.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Août 2020

1Présente dans la vidéo de l’exposition et le catalogue La Mémoire et la mer, 2012.

Est-ce que ce monde est sérieux ?
Philippe Pastor
Jusqu’au 4 octobre

Musée Arts et histoire, Bormes-les-Mimosas
04 94 71 56 60
ville-bormes.fr

Illustration : Philippe Pastor, Explosion – Mixed media on canvas, natural pigment and elements, 210 x 210cm, 2012 (Photo © François Fernandez)