Immersion dans l'univers de l'artiste chilien Alfredo Jaar, jusqu'en janvier 2016, au MAC à Marseille

L’œuvre manifeste d’Alfredo JaarVu par Zibeline

• 3 juillet 2015⇒10 janvier 2016 •
Immersion dans l'univers de l'artiste chilien Alfredo Jaar, jusqu'en janvier 2016, au MAC à Marseille - Zibeline

Alfredo Jaar n’est pas de ces artistes qui acceptent les compromis : son œuvre est donc bruyante, coupante, exigeante ! Une fois le port de chaussures fermées nécessaire, l’expérience est totale : il faut traverser une mer de tessons de verre pour s’enfoncer, à pas mesurés, dans le monde révolutionnaire de l’artiste chilien, activiste, opposé à la dictature de Pinochet, exilé polyglotte qui défend «le rôle éthique de l’art et de la culture».

En 1968, comme de nombreux artistes et intellectuels, Alfredo Jaar croyait changer le monde. Mais la réalité l’a rattrapé : «Nous avons échoué». Aujourd’hui encore séduit par le livre de Daniel Cohn-Bendit Nous l’avons tant aimée, la révolution, il crée une extension du titre «qui suggère une vision nostalgique de la révolution» à travers un choix d’œuvres-miroir des révolutions, des politiques, des bouleversements.

Il compose son panthéon d’œuvres d’artistes qu’il admire (Boetti, Clark, Debord, Penone, Weiner…) agrémentées de quelques-unes de ses productions. Et rend hommage aux rêveurs, particulièrement à André Breton, «le pape de cette exposition qui domine la plage de verre cassé». Au fur et à mesure de la traversée, le crissement des tesselles sous les pieds participe de l’expérience tout autant que la difficulté à se déplacer. «Je voulais que le spectateur traverse un espace de désolation, de débris, pour atteindre un espace qui regorge d’œuvres, plein d’imagination et de surprises.» C’est chose faite. Alfredo Jaar nous projette dans le chaos, la violence, l’histoire de la révolution contenus dans 150 tonnes de verre broyé, et file la métaphore : «Il y a quelque chose de nouveau qui naît de la révolution.»

Curieusement, si l’on en juge par les œuvres choisies, les unes de journaux et les photographies, l’arrêt sur images concerne exclusivement les années 70. Puis plus rien. Un trou noir historique que l’artiste explique par «le peu d’artistes actuels engagés dans le combat politique». C’est oublier un peu vite les artistes du bassin méditerranéen qui s’activent depuis le Printemps arabe…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2015

du 3 juillet au 10 janvier
[mac] musée d’art contemporain, Marseille 8e

Photo : Alfredo-Jaar, Magician, caisson-lumineux avec film transparent couleur – 1979 © courtesy Kamel Mennour, Paris and the-artiste, New-York