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Vu par Zibeline

Face à face entre 2 géants : Picasso Picabia, jusqu’au 23 septembre au Musée Granet d'Aix-en-Provence

L’odyssée Picasso Picabia

• 14 juin 2018⇒23 septembre 2018 •
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Face à face entre 2 géants : Picasso Picabia, jusqu’au 23 septembre au Musée Granet d'Aix-en-Provence - Zibeline

Après Picasso Cézanne en 2009, le musée Granet met au défi la peinture dans un face à face entre deux « géants » : Picasso et Picabia.

Le musée Granet à Aix-en-Provence et la Fundación MAPFRE de Barcelone évitent l’écueil d’un rapprochement fallacieux entre deux initiateurs des plus grands courants du XXe siècle, prétexte à une énième exposition Picasso. Celle-ci s’inscrit néanmoins dans le cadre de la saison « Picasso Méditerranée 2017-2019 » initiée par le Musée national Picasso-Paris dont le Président Laurent Le Bon admet l’éventuelle lassitude : « Ah, encore Picasso ! Pourtant une exposition comme celle-ci ne sera jamais réitérée car elle est exceptionnelle. Vous ne l’avez jamais vue et vous ne la reverrez jamais »… Sauf à la Fundación MAPFRE qui l’accueillera du 12 octobre au 13 janvier 2019.

En effet, la mise en parallèle des œuvres de Picasso et Picabia est une démarche muséale inédite. Le propos scientifique du commissariat d’Aurélie Verdier et Bruno Ely produit une moisson d’informations sur les thématiques, les influences, les techniques et les amitiés communes, et la richesse documentaire est remarquable (archives, notes, manuscrits, correspondances, photographies et revues). En auscultant à la loupe leurs similitudes et leurs différences, leurs cheminements respectifs, leurs points de jonction et d’achoppement, l’exposition interroge : lequel des deux était le plus subversif, le plus libre, le plus incisif ? Leur rivalité était-elle une posture ou la réalité ? Et questionne plus largement leur vision de la peinture dans la première moitié du XXe : était-elle vouée à mourir ? Si Picasso a cru en elle toute sa vie, Picabia en a douté.

« Surtout pas le style ! »

Comme Gertrude Stein l’écrivait en 1937, Picabia et Picasso étaient de même petite taille, avaient approximativement le même poids « plutôt honnête » et « ne seraient pas ce qu’ils sont si l’un était l’autre ». Ce jugement éclaire ce qui les détermine l’un l’autre, l’un par rapport à l’autre, et qui apparaît comme une évidence au fil de l’exposition. Depuis le face à face introductif où l’on reconnaît la palette Cézanienne dans les peintures de Picasso et Picabia qui « rattrape » le mouvement cubiste dans La Procession à Séville, jusqu’à l’épilogue déroutant des années 1950-60, où Picasso produit « une peinture sénile », selon un collectionneur américain, tandis que Picabia explore une œuvre cosmogonique, empâtée, qualifiée d’abstraite – terme qu’il récusait -, qui influença néanmoins Soulages, Tal Coat, Klein ou Mathieu…

Picasso et Picabia ont communément et parallèlement exploré les thèmes de la tauromachie, de la mécanique, peint ou dessiné des scènes hispaniques, mixé matériaux et techniques, évoqué la figure du monstre et usé de métaphores pour rendre compte du monde dont ils étaient les sismographes. Tous deux se sont érigés contre « le style », sans jamais rester en place ni se répéter, en véritables têtes chercheuses de l’art… comme leurs amis Erik Satie, Guillaume Apollinaire, André Breton dont ils ont chacun tiré le portrait. Mais au-delà de cette proximité, les divergences sont multiples : Picasso sera avec Braque le précurseur du cubisme quand Picabia s’y lancera en introduisant la vitesse et le mouvement ; Picasso développera un dessin ingresque durant l’entre-deux-guerres, que Picabia ne manquera pas de moquer ; Picasso s’investira politiquement dans les années 1930-40 tandis que Picabia restera en dehors des événements. « Toujours ailleurs » selon Bruno Ely. Picabia décèdera en 1953, vingt ans avant Picasso, qui fera de la Méditerranée sa terre d’élection. Un « territoire picassien » pour Laurent Le Bon qui justifie, peut-être, une longue saison dont Aix-en-Provence est la vingtième escale.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juin 2018

Picasso Picabia, la peinture au défi
jusqu’au 23 septembre
Musée Granet, Aix-en-Provence

Illustration : Francis Picabia, Conversation I, 1922 Aquarelle et crayon sur papier, 59,5 x 72,4 cm Tate Modern, Londres © ADAGP, Paris 2018

Photos : Anonyme, Portrait de Picasso dans l’atelier de la rue Schoelcher, Paris, 1915-1916 Epreuve gélatino-argentique, 18 x 12,9 cm Musée national Picasso Paris – Fonds photographiques © Succession Picasso, 2018 et Man Ray, Francis Picabia à Saint-Tropez, vers 1935 Epreuve gélatino-argentique, 11,2 x 8 cm Collection Pierre et Franca Belfond, Paris © ADAGP, Paris 2018


Musée Granet
Place Saint Jean de Malte
13100 Aix-en-Provence
04 42 52 88 32
http://www.museegranet-aixenprovence.fr/