3 ouvrages en compétition pour le Prix littéraire des lycéens et apprentis de PACA

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3 ouvrages en compétition pour le Prix littéraire des lycéens et apprentis de PACA - Zibeline

Les lectures et les visites d’auteurs reprennent dans les lycées et les CFA pour le Prix littéraire des lycéens et apprentis de PACA.

Comme chaque année la sélection est exigeante et ne sacrifie pas aux sirènes de la mode. Les lycéens vont avoir de quoi réfléchir et partager, et les Forums à venir ne manqueront pas d’être passionnants.

Le titre du livre de Juan Pablo Villalobos semble emmener dans un univers à la Lewis Carroll. Mais il en est très loin. Imaginez un enfant coupé du monde et de sa réalité, vivant dans un univers extrêment protégé avec précepteur et serviteur, flanqué d’un démiurge de père narcotrafiquant qui fait ses quatre volontés. Sauf que le jeune Tochtli n’a aucune liberté et ne fréquente aucun enfant. C’est lui qui fait le récit de sa vie, de son point de vue déformé d’enfant gâté. D’origine mexicaine l’auteur s’inspire de la violence du monde du banditisme et signe la fable inquiétante d’une société décomposée.

Avec le court roman de l’irlandaise Claire Keegan, nous pénétrons dans un univers radicalement différent : le milieu austère de l’Irlande rurale. Il s’agit du récit d’une fillette, confiée à des parents de sa mère pendant que celle-ci attend la naissance de son cinquième enfant. Manifestement la famille d’accueil est plus aisée que la sienne, l’entente du couple plus solide. Peu à peu la fillette se détend, découvre une façon de vivre plus sereine et plus confortable. Surtout elle ressent confusément sans le formuler une attention tendre, une affection naissante. C’est par bribes que peu à peu un drame ancien ressurgit, que des liens forts et pudiques se nouent, jusqu’à l’élan final. Claire Keegan réussit une peinture discrète et émouvante par touches pudiques, et montre la prise de conscience de la jeune narratrice qui découvre une autre façon d’être au monde et aux autres.

Le court récit de Laurent Mauvignier occupe 55 pages, commence et finit par un tiret. Aucun point. Se lit d’un trait, presque sans respirer, le souffle court. Quelqu’un parle, s’adresse au frère d’une victime, expliquant les raisons d’une mort tout aussi absurde que révoltante. C’est un fait divers qui a inspiré l’auteur : un homme jeune est vraiment mort sous les coups du service d’ordre pour avoir volé et bu une canette de bière dans un supermarché. L’acharnement des vigiles, leur violence, le sentiment de leur droit sont répugnants. Se sentiront-ils coupables, enfin, auront-ils la honte de leur geste ? Et le frère, les parents qui ne le voyaient plus, auront-ils le remord de leur abandon ? Laurent Mauvignier ne résoud rien, il expose la situation dans sa vérité crue, avec quelques retours sur ce que furent la vie et l’errance de ce jeune homme en rupture. Angelin Preljocaj a fait de ce récit, entièrement dit sur scène, la trame de sa dernière création éponyme. Elle sera bientôt au Pavillon Noir (voir ici). L’occasion pour les lycéens lecteurs d’y croiser la danse ?

CHRIS BOURGUE

Novembre 2012

 

Dans le terrier du lapin blanc

Juan Pablo Villalobos

Actes Sud, 12,80 €

 

Les trois lumières

Claire Keegan

Sabine Wespieser, 14 €

 

Ce que j’appelle oubli

Laurent Mauvignier

Éditions de Minuit, 7 €