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Vu par Zibeline

L'immortelle Phèdre au Théâtre le Merlan

L’intense degré zéro du théâtre

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L'immortelle Phèdre au Théâtre le Merlan - Zibeline

C’est un petit spectacle qui plonge aux origines du théâtre et en remonte, modestement, la substance. Fabriqué sans apparat, mais avec tout ce qu’il faut : une table sommaire pour seul décor et un acteur en costume de ville, Romain Daroles, qui prétend être une « façon d’orateur ». Seul, il convoque toute la matière, la parole, les mythes grecs qui parlent tant à notre inconscient, et les alexandrins de Racine dont la brute beauté attrape dans ses filets l’attention des plus récalcitrants. Car c’est à une représentation scolaire de Phèdre ! que nous avons assisté, avec deux classes d’adolescents souvent moqueurs, parfois hostiles, difficiles dit-on, loin de cet univers du théâtre en tout cas.

Dans le hall, malgré l’encadrement à la fois musclé et souple des enseignants et de l’équipe du théâtre, le calme était loin de régner, et dans la salle quand l’acteur est entré cela s’atténuait à peine… Et puis il a commencé, peu à peu, à les intéresser. En racontant ces histoires anciennes, d’inceste, de désir, de violence, d’amour, d’enlèvement, de Minotaure.  Sans conteste, Phèdre ! est une pièce maline : François Gremaud y entre mine de rien dans la matière brute du théâtre, ses mythes et ses nœuds, archaïques, ses jeux et ses rôles : de Panope qui « ne fait rien qu’annoncer les morts » à Aricie toujours impeccable, Thésée martial, Phèdre à la permanente agonie. Car une fois l’intrigue installée et l’attention captée l’acteur se met à jouer, intense d’émotion, chacun des personnages, raccourcissant parfois, livrant des résumés, et puis des pans entiers, les plus beaux. Changeant de personnage en transformant son livre, seul accessoire, en épaulette, en barbe, en couronne ou en mèche juvénile. Faisant sentir l’alexandrin, son rythme, l’irréductible beauté de certains vers, l’actualité intemporelle du mythe, des sentiments, du nœud tragique. L’humour, à la langue datée, passe moins bien, les allusions aux années 80 ne parlent pas à ces ados. Peu importe : dehors, certains confient qu’ils ont vécu une après-midi extraordinaire. Nous aussi.

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2018

Phèdre ! a été joué les 14 et 15 novembre au Théâtre du Merlan, Marseille, en séances scolaire puis tout public. Retrouvez sur ce lien la critique rédigée par des élèves de seconde du Lycée Victor Hugo, dans le cadre d’un atelier d’initiation à la presse réalisé avec Zibeline et Le Merlan.

Photo : Phèdre © Loan Nguyen


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/