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Vu par Zibeline

J’ai peur quand la nuit sombre, le Petit Chaperon Rouge d’Edith Amsellem

L’inquiétante étrangeté d’un Chaperon rouge en espace naturel

J’ai peur quand la nuit sombre, le Petit Chaperon Rouge d’Edith Amsellem - Zibeline

Une fois n’est pas coutume, ce soir de mai au Merlan, les spectateurs étaient invités à emprunter une navette pour rallier un endroit tenu secret. À l’arrivée, ils découvraient dans un parc entre chien et loup l’époustouflante scénographie de ce Petit chaperon rouge en espace naturel. Pour tout plateau, un enclos à ciel ouvert, évoquant cabanes d’enfants comme jeux interdits dans les bois, baignant tous les sens d’une inquiétante étrangeté : parfum des pins environnants, branches craquant sous les pas des spectateurs, onomatopées brodées de rouge faisant résonner le paysage de façon mutique -« Miaou, Chuuut… »… En quatre vertigineuses boucles, J’ai peur quand la nuit sombre nous fait replonger dans un mythe fondateur de notre enfance, dénué ici de toute saveur acidulée. Si le chaperon repart toutes les 15 minutes d’un pas décidé affronter son prédateur, c’est pour mieux décliner une nouvelle confrontation avec la figure masculine du loup, campé ici par un charismatique danseur aux allures de chamane.

Cet entêtant cycle délivre à chaque recommencement une parole quotidienne des femmes, évoquant les étapes clés de la vie comme leurs dérives les plus contemporaines -sexualisation outrancière des petites filles, harcèlement de rue… Tout en rendant un rôle central à la mère, grande absente du conte originel -« Je suis le trait d’union entre mes filles et ma mère, et je m’y perds ». Jouant sur le principe, cher aux arts de la rue, de la frustration, la proposition permet au spectateur de composer son propre parcours, en grappillant à son gré des scènes jouées en simultané, dont certaines d’une âpre dureté. Si quelques flottements se faisaient encore jour le soir de cette première, les intentions d’Edith Amsellem, servies par une remarquable exigence de jeu et d’écriture, suscitaient déjà de vives réactions à l’issue du spectacle : certains le jugeant fidèle aux problématiques soulevées par le féminisme à travers les époques ; d’autres, condamnant ses accents parfois trop manichéens. La proposition créera à n’en pas douter d’intéressants débats, notamment transgénérationnels, tout au long de sa tournée estivale. Quant à l’unique prise de parole de l’homme/loup, qui intervenait de manière un peu lapidaire en fin de spectacle, elle a été supprimée par la metteuse en scène, jugeant a posteriori que les injonctions sociétales et autres violences symboliques faites aux hommes méritaient un traitement plus développé. Peut-être l’enjeu d’un spectacle ultérieur ?

JULIE BORDENAVE
Mai 2018

J’ai peur quand la nuit sombre, de la Cie ERD’O, a été accueilli par Le Merlan et la Criée, Marseille, du 23 au 26 mai dans le cadre de MP2018 : Quel amour !

En tournée estivale : le 14 juillet à Scènes de rue (Mulhouse), du 19 au 21 juillet à Chalon dans la rue (Chalon-sur-Saône)

Photo : ©Antoine-Icard


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/