« Le fils de l'homme » de Jean-Baptiste Del Amo est paru chez Gallimard

L’inextinguible rage des pèresLu par Zibeline

« Le fils de l'homme » de Jean-Baptiste Del Amo est paru chez Gallimard - Zibeline

« Et la rage des pères revivra chez les fils à chaque génération. » En exergue au dernier roman de Jean-Baptiste Del Amo, Le fils de l’homme, cette phrase, tirée du Thyeste de Sénèque, donne le ton de cet ouvrage âpre, sauvage, sans autre issue, semble-t-il, qu’une violence irrémédiablement réitérée. Cela commence par un étrange prologue. Une dizaine de pages en italique retracent l’errance d’une horde immémoriale, un groupe d’humains des premiers âges sans doute, et se terminent sur une scène de chasse, l’initiation à la violence et à la mort d’un fils par son père. Déjà. Puis c’est le retour au présent. Trois personnages dans un vieux break, en route vers un lieu perdu dans la montagne, où la nature a tellement repris ses droits qu’il faudra terminer le voyage à pied. Trois personnages donc, dont on ne connaîtra jamais les noms. Tout au long du texte ils resteront le père, la mère, le fils. Dénominations qui les figent dans un rôle imposé, au cœur d’un drame écrit d’avance. On ne divulgâchera rien. Précisons simplement que si ce trio roule ainsi vers l’inconnu, c’est que le père, après plusieurs années d’absence, est revenu, et qu’il a décidé d’emmener la mère et le fils aux Roches, une ancienne ferme délabrée, où il a vécu longtemps avec son père (un père rendu fou de douleur par la mort de sa femme)… avant de s’en enfuir. Retour donc sur les lieux mortifères d’une enfance maltraitée. On se doute que rien de bon ne peut éclore sur de telles ruines… Surtout si le père, comme le chasseur du prologue, initie son fils au tir.

L’histoire est vue à hauteur d’enfant. D’habiles analepses permettent de comprendre la situation, de cerner les personnages, en particulier celui du père, de mieux saisir le lien de la mère à cet homme qui l’a abandonnée. Et on se laisse embarquer dans l’obscurité de ce tragique roman familial, pris dans les fils de ce huis-clos étouffant, envoûté par la beauté farouche de la nature omniprésente. Qui cerne les personnages, comme elle cerne le lecteur. Menaçante et protectrice à la fois. Omniprésente, et tellement bien décrite. Un choc.

FRED ROBERT
Novembre 2021

L’auteur était présent aux Correspondances de Manosque, ainsi qu’à Automne en librairies.

Le fils de l’homme
Jean-Baptiste Del Amo
Éditions Gallimard, 19 €