Le style Peeping Tom, reconnaissable entre mille

L’inénarrable performance de Peeping TomVu par Zibeline

Le style Peeping Tom, reconnaissable entre mille - Zibeline

Le style Peeping Tom est reconnaissable au premier coup d’œil et toujours bluffant ! On ne se lasse pas de l’entrelacement de la danse avec la théâtralité, le texte, les chansons, la scénographie et, parfois, la pratique amateur. La première image de Vader (Père) évoque un tableau d’Edward Hopper : tout y est figé, grisâtre, malgré les rideaux de velours rouge et le faux air de salle des fêtes. Vader (Père), créé en 2014, est le premier acte d’une nouvelle trilogie (Moder (Mère), Kind (Enfant)) à l’esthétique hyperréaliste, semblable à la précédente Le Jardin, Le Salon, Le Sous-sol. Avec les mêmes principes fondateurs : éléments de décor cheap, personnages au caractère exacerbé, superposition d’actions tragi-comiques. Et le même regard acide et aimant sur la vie : Léo le père est en détresse, nouvel arrivé dans son dernier refuge, l’antichambre entre le monde des vivants et celui des morts… Si ce temps est propice à l’introspection, il l’est aussi pour le lâcher prise. Des situations burlesques naissent des contorsions physiques inimaginables – à moins que cela ne soit l’inverse -, fer de lance de l’écriture chorégraphique du tandem Gabriela Carrizo et Franck Chartier. Avec eux, se débarrasser simplement de son manteau devient un acte quasi héroïque ! Au sous-sol de la maison de retraite, l’assemblée a les cheveux blancs, la démarche malhabile, les gestes hésitants et se laisse guider par un personnel névrosé. Une fois enclenchée, d’abord comme un métronome, la mécanique se dégrippe très vite au fil d’un texte échevelé énoncé en français, en anglais et en coréen ; la salle se transforme en mouroir ; les scènes réalistes (la toilette d’un vieil homme) et surréalistes (l’attaque en règle des moustiques) s’enchevêtrent à vitesse grand V. Comme si une épidémie contagieuse de folie et d’absurde contaminait chaque personnage, de la bande de Peeping Tom en costumes de scène au groupe d’amateurs dont il faut saluer la performance.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mai 2018

Vader a été donné les 13 et 14 avril au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.

Photo : -c- Herman Sorgeloos