Vu par Zibeline

Ascanio Celestini porte son regard sur le petit peuple de la rue

L’inconséquence humaine

• 28 mars 2019⇒30 mars 2019 •
Ascanio Celestini porte son regard sur le petit peuple de la rue - Zibeline

Dans Discours à la nation, précédent opus du même binôme, le comédien David Murgia portait haut et fort la parole des puissants, dans le texte acéré d’une brillante intelligence d’Ascanio Celestini. Ici, c’est l’apparence du prophète des rues qu’il arbore. Barbe touffue, longue redingote mal ajustée, discours moins toisant, il évoque pourtant les mêmes sujets : l’incarnation d’une certaine mauvaise conscience sociale, mais du côté des opprimés. Le bouillonnant prologue mêlant le Big Bang, la susceptibilité de Dieu et Stephen Hawking, donne la mesure du vertigineux verbe qui va suivre. Volontairement dépouillée -quelques lampes au sol, une lourde tenture rouge en fond de scène-, la scénographie fait toute la place aux images qui se créent dans la tête du spectateur. Le phrasé, musical et étonnant de vivacité de David Murgia, s’insinue comme une ritournelle au milieu des lignes d’accordéon de Maurice Blanchy.

Sur le mode du théâtre récit à l’italienne, le comédien fait vivre par la simple évocation une galerie de personnages, issue du petit peuple de la rue : manutentionnaires en grève, SDF, vieille dame -qui perd la tête, avoir après perdu son fils-, prostituée et patron de bar entrent en scène, disparaissent, se recroisent… L’observation d’Ascanio Celestini, anthropologue de formation, fait à nouveau mouche. On est saisis et captivés, à la fois charmés et sonnés par les constats qui nous sont assénés. Moins décapant que Discours à la nation, Laïka laisse parfois poindre la tendresse. Vivant au gré de son comédien, qui le débite « comme on égrène des souvenirs », le texte se réajuste chaque soir ; car « jouer et raconter, c’est aussi écrire », selon le metteur en scène.

Laïka -du nom de ce chien russe lancé en orbite dans l’espace en 1957, symbolisant l’inconséquence des hommes- se présente comme le premier volet d’une trilogie sur l’errance, née des observations de l’auteur posté dans un bar de quartier, au coin d’une rue de Ciampino. Le prochain volet, Pueblo, mettra en scène les mêmes personnages, vus sous un prisme différent.

JULIE BORDENAVE
Avril 2019

Laïka se jouait les 28, 29 et 30 mars au Théâtre Joliette, Marseille

Photo : Laïka © Dominique Houcmant-Goldo


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