Babilary, le mythe de la plage paradisiaque cousu de fil rouge par Aïcha Hamu

L’île aux femmesVu par Zibeline

• 28 juin 2013⇒29 septembre 2013 •
Babilary, le mythe de la plage paradisiaque cousu de fil rouge par Aïcha Hamu - Zibeline

L’accostage sur les rives de Babilary, l’île imaginaire de Aïcha Hamu, n’est pas sans risques car le mythe de la plage paradisiaque est cousu de fil rouge. L’artiste nous transpose dans cet ilot de la mer de Chine laissé au pouvoir des femmes par l’effet d’une incroyable transformation du Pavillon de Vendôme en canevas grandeur nature : du sol au plafond, un fil en coton tisse des points de fuite et construit des architectures spatiales d’un tableau à l’autre… du Portrait présumé de Gabrielle d’Estrée et de sa sœur la duchesse de Villars, dominant l’escalier monumental, à toutes «les couseuses» piquées dans le panthéon de l’histoire de l’art ! Reliées entre elles, les toiles profanées (des copies photographiques) servent de décor à une exposition clairement théâtrale. Car Aïcha Hamu a fait table rase du mobilier -à quelques exceptions près- pour conserver de la splendeur de l’hôtel particulier de modestes tapisseries avec lesquelles elle joue de transparence dans Hyphen, photographies de personnes en transe dont elle ressuscite l’empreinte par un savant procédé technique. Face à ces visages transfigurés, son mini Récamier recouvert de toile noire brodée de vers grouillants n’incite pas au repos des courtisanes… Pas plus que sa sculpture sonore, Anticipation, clin d’œil à la trappe du souffleur dissimulée sous une épaisse moquette lie de vin, qui joue du décalage et de la disparition. Ici, pas de pétales de rose sur le parterre d’opéra ! Le voyage en terre «babilaryenne» est tout sauf idyllique quand, brouillant les rapports d’échelle pour mieux manipuler notre regard de lilliputien ou de Gulliver, elle fait dégouliner du plafond peint une sculpture en cuir tressé couleur sang de bœuf (Rembrandt et Picasso veillent sur elle), radicalise son évocation des jardins de Babylone (23 modules en bois, peinture et cheveux composent cette Dystopia évolutive), reprend à son compte les sculptures molles de Robert Morris pour créer son bestiaire. Avec interdiction de l’approcher, car les courbes moelleuses des cygnes n’empêcheront pas la sourde menace de leur cou tendu…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2013

Titre de l’exposition emprunté à P.-Fr. Guyot, abbé Desfontaines, Le Nouveau Gulliver ou Voyage de Jean Gulliver fils du capitaine Gulliver. Traduit d’un manuscrit anglais par M. l’abbé de L. D. F., Paris 1730.

Illustrations : Vue-de-l’exposition-de-Aïcha-Amu,-Pavillon-de-Vendôme,-Aix-2013-©-Jean-Bernard

Babilary

Acte 2 de l’exposition collective Tisser des liens (Zib’62)

jusqu’au 29 septembre

Pavillon de Vendôme, Aix-en-Provence