Vu par ZibelineSchubertman(n)ia joué au Toursky

Lieder revisités

• 6 décembre 2013 •
Schubertman(n)ia joué au Toursky - Zibeline

Croiser les Maîtres du Lied et la musique contemporaine était un pari osé. Comment garder la subtilité, l’énergie, l’immédiateté de la symbiose piano-chant, sans dénaturer, par des conjonctions instrumentales, l’essence même du Lied, populaire chez Schubert, sensuelle chez Schumann ? La première partie nous faisait découvrir le timbre charnel, très beau legato du ténor Fabrice Mantegna, dans des Lieder de Schubert, Truite (Die Forelle) sautillante et enjouée. Der König in Thule (Le Roi de Thulé), Aus dem wasser zu singen (Chanter sur l’eau), ligne très soutenue et noble. Les réécritures de Bernard Cavanna pour soprano (Brigitte Peyré) et trio instrumental (violon, accordéon, violoncelle) : Marguerite au rouet (Gretchen am Spinnrade) et le Roi des aulnes (Erlkönig) manquaient d’élan, de la grandeur romantique des originaux, malgré les guirlandes de doubles croches à 6/8 de l’excellente Solange Baron à l’accordéon (Gretchen). On retrouvait la soprano plus habitée, royale et très présente dans le Wanderlied de Raoul Lay, pièce superbe de lyrisme, de connections timbrales raffinées et expressionnistes. Collage littéraire pertinent issu des Dichterliebe de Schumann qui concluront la soirée dans une interprétation exceptionnelle de Fabrice Mantegna. Sur une écriture instrumentale de toute beauté, dont on pourra retenir Hör’ ich das Liedchen klingen, sommet de poésie musicale, entrée de la harpe, contrechant trompette, thème repris par le violon, soutenu par les crotales : magique ! Tout Schuman résumé dans cette relecture très réussie.

YVES BERGÉ
Décembre 2013

Schubertman(n)ia a été joué au Toursky, Marseille, le 6 décembre

Photo : c Agnès Mellon