Vu par Zibeline

Fatma, le bruit des autres dans le cadre du Festival Voyages en solitaire(s)

Libre sur la terrasse

Fatma, le bruit des autres dans le cadre du Festival Voyages en solitaire(s) - Zibeline

Deux jeunes comédiennes, récemment issues de l’excellente école d’acteurs ERAC, ont créé la Cie Caractère(s) et se sont lancées dans un exercice courageux. L’une, Cécile Le Meignen, assure une mise en scène à la fois rigoureuse et inventive ; l’autre, Mikaëlle Fratissier, incarne avec énergie et sensibilité le personnage de Fatma. Peut-être un peu lourd encore pour de frêles épaules. 5 juillet : c’est la Fête de l’Indépendance. Les échos en parviennent à peine. Tout le monde est dans la rue mais Fatma profite de la liberté de la terrasse de l’immeuble. Une fois par mois elle y a droit et il n’est pas question de passer son tour. Tout en étendant le linge de ses employeurs, elle raconte son histoire, accrochant au fil ses souvenirs en même temps que les draps et les vêtements.
Très jolie scénographie, d’ailleurs, d’Anaïs Blanchard. La vie de Fatma n’a pas été rose. Aînée d’une famille nombreuse, elle s’est retrouvée après le décès de ses parents avec la charge de ses frères et sœurs. Finies les études avec Fatima qui, elle, deviendra médecin… C’est femme de ménage qu’elle sera. Courageuse seule et indépendante. Elle évoque la politique, la situation des gens du peuple, le destin des filles en Algérie et, notamment, leur rapport délicat avec les pères qui changent d’attitude dès que les premiers signes de féminité apparaissent.
Les filles sont des «bombes à retardement» : les pères s’empressent de les refiler à un autre. Cette métaphore de M’Hamed Benguettaf éclaire l’ensemble de la pièce. Disparu l’an dernier, le directeur du Théâtre National Algérien offre avec ce portrait de femme celui de la société algérienne avec ses clivages. Quel destin pour ces femmes ? La pièce se termine par ces mots amers de Fatma : «Dieu m’a créée pour être. Mais être quoi ?». Lors de la conférence de presse, Mikaëlle avait confié que son grand-père était instituteur en Algérie et qu’elle devait s’y rendre pour la première fois avec son père. Ce qui lui a donné certainement une part de la ferveur avec laquelle elle joue.
CHRIS BOURGUE
Mai 2015

Ecouter l’interview de Mikaëlle Fratissier sur WRZ ici

Fatma, le bruit des autres s’est joué du 7 au 9 mai à la Friche du Panier. Ce spectacle s’inscrit dans le Festival Voyages en solitaire(s)

Photo : Fatma-c-Cie-caractères


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