Le quartet The Bridge interprète en musique le Chamber Music de James Joyce

Libertés poétiques et musicalesVu par Zibeline

Le quartet The Bridge interprète en musique le Chamber Music de James Joyce - Zibeline

Le nom du recueil que James Joyce écrivit durant sa jeunesse lors de son périple européen, Chamber Music (Musique de Chambre), convie à la musique… S’inspirant de cet ouvrage, à l’instar de Luciano Berio en 1953, les musiciens du quartet The Bridge en proposaient au Moulin à Jazz une interprétation dense, où les techniques instrumentales et vocales tissaient un spectacle taillé dans l’étoffe des rêves. À propos des relations entre poésie et musique Berio, reprenant à son compte les mots de Mallarmé, écrivait « Le vers, […] de plusieurs vocables refait un mot total, neuf, étranger à la langue et comme incantatoire » ; et évoquait « l’imprévisibilité des évènements structurels que devait nous apprendre plus tard la musique de Debussy, de Webern et des musiciens contemporains les plus importants », après avoir rappelé que « nous n’avons plus aucun besoin de reconnaître la musique uniquement dans les paramètres préétablis d’une quelconque culture musicale ». The Bridge semble suivre ici les propos du compositeur, offrant un spectacle qui tient tant de la performance poétique  que musicale, repoussant les limites de la composition ainsi que des capacités vocales et instrumentales. La voix de Claudia Solal scande, slame, crie, s’effrite, s’enroue, s’évade soudain en volutes aériennes, instrument parmi les autres, portant les textes en langue anglaise avec toute la charge poétique de leurs sonorités évocatrices et incantatoires. Les platines électroniques de Lou Mallozzi expérimentent les champs des possibles entre slamping et gestes de DJ. Katherine Young au basson électronique rend sensible chaque souffle, de la mélodie la plus acrobatique au son des dents sur l’anche de son instrument. Benoît Delbecq au piano préparé et aux effets électroniques accorde ses paysages aux registres de chaque poème… Le son est malaxé, modulé, modelé, matière que sculptent les artistes avec une précision d’orfèvre. L’espièglerie n’est pas en reste dans ce temps suspendu, la complicité des musiciens, évidente, autorise échos improvisés et reprises pour cette « musique d’antichambre », Antichamber music !

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2019

Concert donné le 9 février au Moulin à Jazz (Charlie Free), Vitrolles

Photo : -c- Gérard Tissier 2019

Association Charlie Free – Le Moulin à Jazz
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