Morsure, voyage de cirque en territoire animal

Libération animaleVu par Zibeline

• 22 janvier 2015⇒15 février 2015 •
Morsure, voyage de cirque en territoire animal - Zibeline

Ambiance enfumée, son de contrebasse qui crisse… Une atmosphère un peu troublante enveloppe les spectateurs dès l’arrivée dans ce chapiteau au MuCEM. Une jeune femme blonde entre en piste, elle casse violemment un vase sur le sol. Peut-être cette mystérieuse femme en noir est-elle la cause de sa colère ?
Le ton est donné, la pulsion rythmera le spectacle. L’attitude est animale, de cette pulsion qui ramène l’homme à son statut originel. Lui fait perdre la notion de limites, lui fait oublier les codes sociaux, les règles morales. L’artiste de cirque a certainement recours à cette part animale pour affronter les dangers de sa discipline. Morsure, par la compagnie Rasposo, est une réflexion, ou plutôt, un véritable voyage au cœur de l’animalité. Ils sont une douzaine sur le plateau, circassiens et musiciens, à défier les lois de l’équilibre et de la normalité.

Les artistes franchissent un mur de lumière et s’extériorisent. Violence, sensualité, ivresse, et prouesses. Les séquences se succèdent, construites, structurées, comme au théâtre. Sauf qu’ici, les interprètes jouent leur peau, au millimètre près. La peur fait partie des sensations pour le spectateur de cirque. Le frisson est constant tout au long de Morsure. Avec l’adrénaline qui monte pendant la performance, la hâte que l’exploit soit accompli et l’excitation d’en vouloir encore plus. Et les artistes nous grisent, nous emportent sur leur territoire.

Coup de cirque

L’érotisme de ce couple et son tango tout en portés acrobatiques. La frénésie de celui-ci, qui tourne dans une roue comme un hamster en cage. La sauvagerie de ces deux-là, qui se battent comme des chiens à se rouler par terre. La briseuse de vase (Marie Molliens, qui signe également la mise en scène) devient femme élastique que les hommes jouent à faire rebondir.

La musique alterne entre swing jazzy et rock musclé, tandis que celui-là, en équilibre sur sa tête, s’allume une cigarette, que la fildefériste enchaîne glissades et sauts périlleux, que l’acrobate semble comme tenu en laisse par sa longe. Peu à peu le spectateur assemble les morceaux pour trouver le sens. Le plateau se transforme alors en Cinecitta, avec son star system. Le petit caniche blanc de la vedette saute dans un cerceau. Dérisoire et étonnante présence de l’animal, quand le nouveau cirque l’a quasiment exclu de ses codes.

Puis un décor oppressant prend forme autour des artistes. La mystérieuse femme en noir revient tourner autour de la piste. Sur une scène, on parlerait de coup de théâtre. Ici, c’est un véritable coup de cirque qui attend le spectateur. Le frisson s’amplifie pour le final. Derrière le miroir, apparaît celui qui raccorde tous les éléments de cet univers. La surprise est totale. Jusqu’au bout, on est saisi, accroché, envoûté. Mordu.

JAN-CYRIL SALEMI
Février 2015

Photo : Marie Molliens – Morsure © Michel Corbiere

Morsure se joue tous les jeudis, vendredis, samedis et dimanches, jusqu’au 15 février, au village chapiteaux du MuCEM, à Marseille, dans le cadre de la Biennale Internationale des Arts du Cirque.

 

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