Le second roman de Wajdi Mouawad

L’humanité dans un souffle

Le second roman de Wajdi Mouawad - Zibeline

Le monde animal est un mystère, le monde des humains aussi à en croire le deuxième roman du dramaturge Wajdi Mouawad qui sonde les tréfonds de l’âme et les abîmes de la conscience avec un sens aigu de la parole. Celle de l’animal dans un rôle de narrateur-voyeur-témoin tout à fait singulier ; celle de l’homme aux langages multiples. Ici l’animal regarde l’homme, cet autre singulier, lui qui observe, mange, pleure, chie, gémit, rit, parle de sexe et de mort. Autant de mots que les hommes prononcent. Anima est tout entier construit sur ce déplacement du point de vue -déstabilisant et tellement riche- et, par ricochet, sur l’écriture scandée, fouillée, chirurgicale, tendue. Construit à la manière d’un thriller plus noir que noir, Anima dépasse le genre pour embrasser la quête initiatique, le roman d’aventures, l’odyssée en suivant pas à pas les périples de Wahhch à travers les grands espaces de l’Amérique et du Canada, de Montréal aux réserves indiennes. Le point de départ est un crime ignoble, mais le monde animal n’en a cure car il connaît les affres de l’amour et du désamour, le combat et la haine : dans les effroyables nuits de l’homme, sa douleur est un abysse formidable pour lui. Il s’en repaît, se lèche les babines, se frotte le ventre et montre les dents, plus rarement s’apitoie et console. De courts chapitres en phrases sibyllines ponctués de titres latins, un croassement, un jappement, un envol au lever du jour, le cuir d’une laisse sont autant d’indices pour comprendre la nature du narrateur. Celui qui vient hanter l’esprit des vivants et des morts… Roman sur les fêlures et les âmes qui saignent, Anima raconte «une histoire entre des créatures terrestres» indéfectiblement liées par une évidence douloureuse : «Nous sommes tous des meurtriers, mais certains choisissent de l’être

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Novembre 2012

 

Anima

Wajdi Mouawad

Leméac/Actes Sud, 23 €