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Vu par Zibeline

Behzod Abduraimov triomphe à La Roque d'Anthéron

L’homme qui parlait à l’oreille du piano

Behzod Abduraimov triomphe à La Roque d'Anthéron - Zibeline

On l’a dit aux « doigts de feu », « culturiste de la technique », Behzod Abduraimov, malgré son jeune âge (il est né en septembre 1990), connaît une carrière fulgurante. Désormais « habitué de la Roque d’Anthéron », il offrait un programme conjuguant exigences techniques et couleurs. L’enchevêtrement des thèmes qui peuvent faire cohabiter cinq voix en même temps de La mort d’Isolde (dans la transcription par Liszt du final de l’opéra de Wagner, Tristan et Isolde) prend des allures d’évidence, entre ses arpèges et ses doubles croches alternées de soupirs. Puis le jeu d’ombres et de lumières de la Sonate en si mineur de Franz Liszt, la seule qu’il ait écrite, nous entraîne dans des rêveries tumultueuses, des assagissements oniriques, des emportements échevelés, des méditations cristallines. Est-ce le mythe de Faust ? Peu importe l’histoire, l’auditeur se laisse conduire, séduit, suspendu au fil des notes, tandis que le pianiste semble dialoguer avec son instrument, s’incline vers lui, comme pour d’intimes confidences, se redresse, vivifié par d’acrobatiques émois, distille en une alchimie secrète la palette colorée des émotions. Peintre coloriste encore, Behzod Abduraimov proposait une lecture éloquente des dix pièces entrelacées de « promenades », tableautins où se croisent gnome gambadant, poussins dans leur coque, cabane de Baba Yaga, lieux fantastiques et familiers, cartes postales d’endroits visités, et contes, tandis que se dessine progressivement la Grande Porte de Kiev, jusqu’au triomphe final. Le public debout salue la magie inventive de l’interprète qui accorde tour à tour en bis, Lullaby de Tchaïkovsky dans sa transcription par Rachmaninov, toute de lumineuse clarté, la partition acrobatique et percussive de Prokofiev, Mercutio (in Roméo et Juliette), enfin, La Campanella de Liszt, d’après un thème de Paganini, notes perlées et tempo enfiévré pour un paysage aux lignes en épure, transcrit dans la fluide plastique des sons.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2019

Concert donné le 3 août, parc du château de Florans, dans le cadre du Festival de la Roque d’Anthéron.

Photographie : Behzod Abduraimov © Christophe Gremiot