Vu par Zibeline

Julien Prévieux fait Mordre la machine au Mac de Marseille, dans le cadre du festival Actoral, jusqu'au 24 février

L’homme, la machine et l’art

• 26 septembre 2018⇒24 février 2019 •
Julien Prévieux fait Mordre la machine au Mac de Marseille, dans le cadre du festival Actoral, jusqu'au 24 février - Zibeline

Quel regard Julien Prévieux pose-t-il sur les transformations globales induites par Internet ? Quelles analyses ? Quelles interprétations ? En quoi l’art peut-il produire des stratégies critiques ?

Au Musée d’art contemporain de Marseille, les productions du plasticien Julien Prévieux explorent les relations homme/machine en les réinterprétant ou en les traduisant. Élaboration de codes, langage de clics, dessins 2D ou 3D, brevets, innovation, connexion, traitement des données… font partie du champ lexical de l’artiste grenoblois qui « conçoit son œuvre en écho à la mise en données et en informations du monde ». Il décrypte, détourne, reconfigure cette réalité connectée, mondialisée, dans une « collection de gestes » où se télescopent matières traditionnelles (laine, pierre, bois) et outils numériques (ordinateur, vidéo). L’exposition Mordre la machine s’ouvre sur What Shall We Do Next ? (Sequence #1), film d’animation en rétroprojecteur sur les gestes humains préprogrammés à l’usage des tablettes et autres Smartphones ; et se clôt avec la vidéo What Shall We Do Next ? (Sequence #2) pensée comme « une archive des gestes à venir » interprétés par des danseurs. Leur fonction utilitaire disparaissant derrière un ballet de figures vivantes. Entre deux, le parcours confronte pièces anciennes et récentes, productions in situ qui constituent une collection d’expériences sociales, graphiques ou artistico-graphiques. Certaines tricotent entre la forme et le sens (simulation de phénomènes sociaux dans Rébellion et Ségrégation, dix pulls en laine faits main), détournent la tradition picturale du portrait à l’aide d’un système de morphing informatique ; d’autres utilisent les grands textes de la pensée économique moderne en tirant leur sens par les cheveux via la méthode dite du « code de la Bible » (La recherche du miracle économique), s’emparent du Yerkish, langue artificielle imaginée pour communiquer avec les grands singes, dans une installation d’haïkus visuels abstraits (Pour Lana)… Ce travail hyper documenté fouille avec une inventivité folle les gestes les plus simples comme les plus connectés, élabore des stratégies scientifiques et des process rigoureux. Avec humour, parfois, comme dans ses Lettres de non motivation écrites sans relâche entre 2000 et 2007 ou avec l’idée de partage, comme dans l’atelier réalisé avec sept étudiants de l’École supérieure d’art et de design Marseille autour de la phrase de Duchamp : « Le regardeur fait le tableau ». S’appuyant sur le protocole de l’oculométrie, l’artiste a capté les mouvements des pupilles des étudiants face à un ensemble d’œuvres de la collection du Mac avant de les matérialiser en sculptures de fils de laine. Ainsi, à fleur de cimaises, une cartographie géométrique abstraite « crée des pelotes de regards » dont ils sont les artisans. Grâce à Julien Prévieux, le monde hyper connecté n’a pas oblitéré la poésie mais peut être une nouvelle machine à mordre la poésie.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Septembre 2018

Mordre la machine
26 septembre au 24 février
Julien Prévieux
Mac, Marseille
04 91 14 64 32
marseille.fr
http://www.actoral.org/agenda/julien-previeux_mordre-la-machine