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L'identité sexuelle en question

L’histoire d’une « fée-garçon »

L'identité sexuelle en question - Zibeline

«Je suis pas un garçon » ! Le cri est déchirant, plusieurs fois proclamé par Alyan qui traverse la scène en courant, vêtu d’une robe rose de princesse, celle de sa grande sœur Nina. Alyan a cinq ans et sait –il l’affirme déjà, son souhait a tout de la certitude- que plus tard il voudrait être maman. Et princesse. Seule sa sœur semble prendre la mesure de son mal-être, sa mère aussi, un peu, qui trouve la situation angoissante quand son père, trop occupé par son travail, pense qu’il s’amuse. 

Il ne veut fâcher personne, mais la question le taraude : est-ce qu’il peut refuser cet état qui ne lui va pas du tout, donner à quelqu’un ce qui n’est pas à lui dans ce corps, simplement revenir en arrière et le « refaire autrement » ? Sa baguette magique n’y change rien ; jusqu’à ce que, dirigée vers sa sœur pour la faire disparaître et prendre sa place, ça fonctionne… Car entretemps Nina, pour défendre et soutenir son petit frère qui « a le droit d’être comme il veut », a subi brimades et agressions violentes de la part des enfants de l’école, s’est coupé les cheveux pour alerter ses parents, puis a décidé de disparaître. Parce qu’elle n’était pas écoutée, encore moins entendue. Point de rupture essentiel à la prise de conscience de tous. 

Le texte de Catherine Zambon aborde intelligemment, et avec franchise, mais aussi légèreté et poésie, la question de l’identité sexuelle, du genre, en s’adressant avant tout aux enfants. Sans didactisme ou tentative de réponse généralisée. 

La mise en scène d’Emilie Le Roux alterne les tableaux courts, joués (magnifiques et sensibles comédiens) ou éclairés d’apartés qui nourrissent la pièce de confidences, voire d’aveux parfois déchirants, qui placent chacun face à ses questionnements et responsabilités. 

Si le travestissement général de la fin -papas, mamans, directeur de l’école dansent tous, en robe, comme Alyan- peut faire sourire, ce ne n’est que de courte durée. Car leur engagement souligne bien la difficulté de la prise de conscience, spectateurs y compris, qui fait dire à l’un des protagonistes : « ça a choqué, ça choquera encore ».
DOMINIQUE MARÇON
Mai 2018

Mon frère, ma princesse
a été joué le 11 avril
au Théâtre des Salins, Martigues

Photo : © Adrien Patry