L’exemple et la pensée

 - Zibeline

Dans le cadre de la manifestation En corps urbains, les artistes et la ville, la scène nationale du  Merlan a offert du 11 Avril au 9 juin, «des expériences artistiques de territoire». Tables rondes où géographes, chercheurs, sociologues croisent leurs regards sur l’urbanisme. Spectacles autour de projets à forte dimension participative où les artistes inscrivent leur travail dans les quartiers. En ouverture du troisième volet  «Quand la ville se perçoit par le corps», Thierry Paquot «philosophe de l’urbain» proposait le 24 mai une ciné-conférence intitulée : les corps dans la ville, un cinéma continu. La prestation a commencé par la lecture d’un joli texte flâneur, égrené de citations brillantes, de formules chic et choc, de remarques étymologiques. Convoquant La passante de Baudelaire, Balzac, Bachelard, Giacometti, il a poétisé sur la sensorialité de la ville, sur ses stimulations quotidiennes qui nous rendent vivants et présents aux autres. Puis, treize extraits de films ont été projetés. Les perspectives s’annonçaient passionnantes. Le duel du western relié au mythe des fondations de villes, le corps désœuvré des jeunes en zones périurbaines chez René Dumont, entre apathie et tension, la bande-annonce de West Side Story écrasant NY dans une vue aérienne avant de la transformer en un territoire dont la chorégraphie des bandes prend possession, le corps burlesque de Charlot policeman se jouant de l’ordre urbain, les corps en déambulations parisiennes des héros de la Nouvelle Vague…Le catalogue aurait pu s’étendre à des milliers d’autres films tant ville et septième art sont liés. Brièvement commenté ou paraphrasé, chaque exemple n’a hélas fait que s’ajouter au précédent sans fil conducteur autre que thématique pour aboutir en conclusion à un discours général sur la ville qui nous a éloignés du cinéma. On le sait Thierry Paquot n’aime pas Le Corbusier et son modulor considéré comme normatif voire stalinien, se dispute avec Jean Nouvel sur les tours et les ascenseurs, déteste Frank Gehry, son Guggenheim de Bilbao et ses bancs anti-clochards, fustige la mercantilisation et l’uniformisation des centres-villes, désire une architecture sensible, soucieuse de l’environnement, du partage, de la mixité sociale et du rythme des piétons. On ne peut qu’être d’accord sur la finalité d’une cité «en attente de l’homme», «en amitié avec lui» mais outre que ce discours a déjà été ressassé à propos d’autres thèmes choisis par le festival Images de villeThierry Paquot intervient souvent, les grandes réflexions architecturales du XXème et XXIème siècles ne peuvent se réduire à des complots de malfaisants, hostiles aux citadins. L’idée que les villes ont perdu leur âme et que c’était mieux «avant», le travers moralisant, la facilité de la métaphore sont décevants chez un penseur de ce niveau.

ÉLISE PADOVANI

Mai 2012

 

En corps urbains, les artistes et la ville se poursuit jusqu’au 9 juin.


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
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13014 Marseille
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