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Vu par Zibeline

Documentaire hommage à Inger Servolin par María Lucía Castrillón

Lettre à Inger

• 1 mai 2019 •
Documentaire hommage à Inger Servolin par María Lucía Castrillón - Zibeline

Avez-vous déjà entendu parler d’Inger Servolin ? Sûrement pas. Et c’est sans doute pour qu’on connaisse une des premières femmes productrices de documentaires en France que María Lucía Castrillón lui écrit une lettre de cinéma. C’est en 1991, au moment du tournage de Goulili, dis-moi ma sœur, sur les femmes sahraouies, qu’elle l’a rencontrée.

Beaubourg 2013 : une femme déambule dans l’exposition Planète Marker. La voix de la réalisatrice nous confie que le nom de celle qui a participé à la production de tout ce qui est exposé n’est écrit nulle part : Inger Servolin. Née à Oslo en 1933, «  exilée volontaire » en France en 1953, elle a rencontré Chris Marker en 1965. Et comme une évidence, ils commencent à collaborer pour la production et distribution du cinéma militant et indépendant. En 1967, elle met en place une structure coopérative de cinéastes et de techniciens, autofinancée, SLON (éléphant en russe) qui permettra aux collectifs, comme le groupe Medvedkine animé par Marker, de faire des films. Elle en est la cheville ouvrière, lui, « l’esprit de dieu qui flotte au-dessus des eaux. ». SLON, d’abord basée en Belgique, s’installe en France et devient Iskra-court-métrage, puis ISKRA (étincelle en russe). Malgré les difficultés, elle trouve les fonds pour produire Le Fond de l’air est rouge, travail épuisant. Mais pour Inger, les images ne servent à rien si on ne fait pas ce boulot-là : « Pour moi, le cinéma que je soutiens est une courroie de transmission entre des secteurs de la société et entre des populations différentes qui se rencontrent. ».

Ce documentaire hommage, lettre et portrait à la fois, est un voyage dans le temps, la mémoire et le cinéma où alternent les époques, les documents d’archives, les photos, les extraits de films produits par Slon-Iskra, les témoignages de tous les compagnons de route. Les voix de Chris Marker, de María Lucía, entrent en correspondance, se mêlant à celle de cette femme qui, contre vents et marées, n’a jamais renoncé et qui est toujours utopiste car « sans utopie et sans rêves, on crève. » Beau travail.

ANNIE GAVA
Mai 2019

Lettre à Inger, de María Lucía Castrillón, est sorti le 1er mai (1h21)

Photo: Lettre à Inger © La Ruche productions