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Face à Médée, une tragédie antique renouvelée par François Cervantes, au festival d'Avignon

L’étrangère

• 7 juillet 2017⇒28 juillet 2017 •
Face à Médée, une tragédie antique renouvelée par François Cervantes, au festival d'Avignon - Zibeline

Avec Face à Médée, François Cervantes crée une véritable tragédie à l’antique. Il y retrouve l’essence du mythe par sa forme particulière : Médée n’est pas là ; mais trois femmes sont sur scène qui racontent et éprouvent l’effroi. Celui de l’instant où la femme délaissée traine ses enfants égorgés au devant leur père. L’Exposition, le Moment Tragique par excellence, qui met un terme, définitif, à tout.

La tragédie antique est retrouvée, avec son mode indirect, ses lamentations, son épure, ses flash-back qu’on nommait alors anamnèses. François Cervantes est pétri de culture classique, et cela se sent, par ce choix de trois femmes seules et toujours en scène qui racontent plutôt que d’incarner, mais éprouvent pourtant, jouent l’émotion, portent la voix du monde.

Reste que le poids est lourd pour les comédiennes, sans artifice et sans relais. Si l’immense talent de Catherine Germain la préserve de tout ridicule dans l’excès, dans l’hybris, et lui permet de porter intacte l’émotion indirecte, Anna Carlier choisit joliment de rester effacée, et en joue ironiquement. Mais Hayet Darwich pousse des cris arrachés à côté des entrailles, comme forcés. Un déséquilibre du jeu qui nuit au trio choral.

Et puis qu’est ce que Médée ? L’actualisation discrète, par l’évocation de l’auto et du parvis de l’église, déplace un peu le mythe, mais le personnage apparaît pourtant dans toute sa monstruosité… fantasmatique. Car qu’est-ce que cette femme étrangère qui égorge son frère et tue ses enfants par passion amoureuse ? Qu’est-ce que cette Africaine, cette incarnation de la barbarie féminine, sinon le fantasme absolu des hommes grecs, des hommes blancs, des garçons qui ont peur de leur mère, et des étrangères ?

François Cervantes veut expliquer le geste de Médée comme l’envers de la passion amoureuse, la réponse à la trahison. Mais Médée, symbole de l’étrangère, participe de l’imagerie de la barbare sauvage venu des contrées lointaines. Image qu’il est urgent d’interroger autrement, dans la création contemporaine…

AGNÈS FRESCHEL
Mars 2017

Face à Médée a été créé au Merlan, Marseille, les 19 et 20 janvier.

Le spectacle sera présent au Festival Off d’Avignon, à L’Entrepôt, du 7 au 28 juillet.

Photo : Face à Médée © C. Raynaud de Lage


Théâtre le Merlan
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