Kirill Serebrennikov ou la liberté comme seul choix possible

LetoVu par Zibeline

• 5 décembre 2018 •
Kirill Serebrennikov ou la liberté comme seul choix possible - Zibeline

Le cinéaste russe Kirill Serebrennikov, dont le film Le Disciple était sélectionné à Un Certain regard en 2016, aurait dû être à Cannes au dernier festival pour présenter Leto, qui y a été distingué pour sa musique (prix Cannes Soundtrack). Mais le réalisateur était assigné à résidence depuis plus d’un an, accusé de détournement de fonds par le gouvernement russe. Il attend toujours le verdict de son procès…

« Je fais ce film à la fois pour et à propos d’une génération qui considère la liberté comme un choix personnel, et comme le seul choix possible. Dans le but de capturer et de souligner la valeur de cette liberté. »

Inspiré par l’histoire de musiciens qui ont réellement existé, Leto nous plonge dans un Leningrad des années 80, en un superbe noir et blanc satiné, strié, hachuré, teinté de rouge dans quelques folles séquences oniriques. Une histoire d’amour, de copains, de fous de rock occidental. Mike Naumenko (Roman Bilyk) et sa femme, l’irrésistible Natacha (Irina Starshenbaum) rencontrent le jeune et talentueux musicien Viktor Tsoi (Teo Yoo). Mike veut le guider, Natacha l’embrasser. Du début à la fin, on est saisi par l’énergie qui se dégage de ce groupe de jeunes ; ils ont trouvé par la musique le moyen d’échapper à la chape de plomb qui pèse sur le pays. Les jeunes filles refoulées à l’entrée du Club Rock rentrent par la fenêtre et si on n’a pas le droit de se lever, ni de danser, pendant les concerts, les chansons de Kino et Zoopark éclatent dans leurs yeux. Les scènes sur la plage sont éblouissantes et on n’a qu’une envie, c’est de sauter dans les vagues ou de chanter avec eux, comme lorsque dans un bus, les passagers se mettent à entonner The Passenger d’Iggy Pop. « Cela n’existe pas et cela n’a jamais existé » nous rappelle à plusieurs reprises un personnage conteur. Et pourtant si ! Et durant deux heures, on est sur un nuage, on a envie d’y rester.

Annie Gava
Décembre 2018

Photo: Leto de Kirill Serebrennikov © Bac Films_3

Leto, de Kirill Serebrennikov, est sorti en salles le 5 décembre (2h06)