Trois propositions du Printemps de l’art contemporain à Marseille

L’été du Printemps de l’art contemporainVu par Zibeline

• 15 juillet 2021⇒19 septembre 2021 •
Trois propositions du Printemps de l’art contemporain à Marseille - Zibeline

Le PAC joue les prolongations au Frac, au Cabinet d’Ulysse ou au Pavillon South…

La diversité des scènes et des univers artistiques à Marseille s’illustre grandement à travers trois propositions du Printemps de l’art contemporain. Au FRAC, programmée par Pascal Neveux avant son départ, l’exposition de Katia Kameli, Elle a allumé le vif du passé, s’inscrit dans la saison Africa2020. L’artiste et réalisatrice franco-algérienne y déploie une œuvre consacrée depuis vingt ans à l’écriture visuelle de l’histoire algérienne, introduisant son corpus par une photographie de Louiza Ammi (Le 17 mars 1997), femme reporter en Algérie ayant débuté sa carrière durant les années noires de la guerre civile. Une photographie, et une rencontre, qui ont accompagné Katia Kameli dans l’élaboration de ses films, Le Roman algérien, dont les trois chapitres s’étalent entre 2016 et 2019. Fondée sur la recherche, l’investigation, l’interview, les archives, sa démarche fusionne faits historiques et culturels avec son « imaginaire plastique et poétique ». Ainsi Le Roman algérien prend pour point de départ l’observation d’un kiosque sauvage installé sur les grilles de la Banque nationale d’Algérie à Alger, là où se côtoient cartes postales et photos anciennes ; et, d’autre part, sa participation à l’exposition Made in Algéria au Mucem en 2016, là où s’opérait une réflexion sur la colonisation du territoire algérien par l’image et la cartographie. Le processus était prêt à s’enclencher, d’abord le travail documentaire, puis le tournage d’un film, puis trois, diffusés parallèlement au FRAC dans de mini auditoriums insonorisés. Au fil de la narration, elle convoque de nombreuses figures intellectuelles, notamment la philosophe Marie-José Mondzain qui commente en off ses images et ses rushs, elle parle de « créer une polyphonie, plus ou moins aléatoire », elle propose une mise en abime de la situation actuelle suite aux dix années de terrorisme qui ont marqué, et marquent toujours, le visage de l’Algérie. Ses films, réalisés avec de petits budgets et des « équipes techniques pas toujours flamboyantes » traversent l’Histoire pour évoquer le présent, et démontrent à quel point le poids des images dans l’Histoire est déterminant. Celles qu’on a voulu cacher, oublier, embraser, faire disparaître…

Un autre versant de son travail est proposé au plateau 2 du FRAC. Stream of Stories est là encore né d’une conversation, cette fois avec un anthropologue. L’installation remonte aux origines orientales des Fables de La Fontaine, depuis l’Inde jusqu’à la France en passant par l’Iran et le Maroc ! Si le « monument national français » prend un coup dans l’aile, les textes et impressions sur papier de Katia Kameli questionnent le rapport entre l’original et la copie : « on ne fait que réinterpréter ce qui nous a nourris et c’est une bonne chose, c’est une posture que je revendique en tant qu’artiste ».

Le Cabinet d’Ulysse

Les œuvres colorées de Laurent Perbos n’avaient pas été montrées à Marseille depuis longtemps, elles trouvent dans cette jeune galerie marseillaise un écrin à leur dimension et à l’univers gai et estival souhaité par les maitres des lieux. Anciens et nouveaux travaux s’y côtoient allégrement, preuves d’un renouvellement permanent de l’artiste dont le fameux Calydon trônait à la Villa Datris dans l’exposition Sculpture du Sud en 2014. Tout l’art de Laurent Perbos est de donner du sens au quotidien, au banal, à l’objet d’usage détourné de sa fonction, et de créer l’inattendu. Il croise parfois un thème (le ballon) avec un autre radicalement opposé (la figure antique), il transforme la balle de tennis par le champ de l’art, récupère et assemble des chutes de verre à la manière d’un vitrail en relief… Bref, objets et matières trouvent entre ses mains une signification nouvelle par les frottements qu’il opère avec la fable, la mythologie, le merveilleux. On pourrait tenter d’évoquer la « pop culture » s’agissant de son travail, mais est-ce utile de classifier une œuvre libre de ses mouvements ?

Le Pavillon Southway

Dans ce pavillon du XIXeme siècle conçu comme une « maison-œuvre », Emmanuelle Luciani souhaite ressusciter en un même élan art et artisanat, sortir du schéma des expositions pour « mettre en mouvements permanents les œuvres dans le lieu ». Toujours en lien avec l’art domestique, le travail de la matière (terre, bronze, textile…), l’exposition Gothic Revival – A Gothic Lounge prolonge la réflexion sur la résurgence du Gothic évoquée lors d’un workshop au Mo.Co de Montpellier. Toutes les pièces ont été produites à Marseille (le Pavillon Southway dispose d’un atelier de création), et s’inscrivent dans un courant, la Fantasy, rarement exposé. « Pourtant, constate Emmanuelle Luciani, une nouvelle génération revisite les codes du jeu vidéo et de la Fantasy, au Japon, à Los Angeles, depuis les années 80 en France ». Une lame de fond que le Pavillon Southway met en avant en contextualisant ses propositions, provoquant surprise et sidération car les pièces, kitch, ont rarement leur place dans les White Cube ! C’est tout l’intérêt de sa démarche d’inviter les créateurs d’aujourd’hui à s’inscrire dans un mouvement historique.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2021

Elle a allumé le vif du passé
Katia Kameli
Jusqu’au 19 septembre
Frac, Marseille
04 91 91 27 55 frac-provence-alpes-cotedazur.org

Aesthetically Pleasing
Laurent Perbos
Jusqu’au 31 juillet
Le Cabinet d’Ulysse, Marseille

Gothic Revival – A Gothic Lounge
Bella Hunt & Ddc, et Jenna Käes
Jusqu’au 31 juillet
Pavillon South, Marseille

Printemps de l’art contemporain
p-a-c.fr

Photos : Katia Kameli, The Algerian noval, chapter 3 (still from the video), 2019 (ADAGP) / Glass Painting Composition © Laurent Perbos / Exposition Gothic Revival – A Gothic Lounge, Le Pavillon South © X.D-R

FRAC PACA
20 Boulevard de Dunkerque
13002 Marseille
04 91 91 27 55
http://www.fracpaca.org/