Retour sur l'édition 2017 de L’Été danse au CDC – Les Hivernales

L’Été Danse ose le grand écartVu par Zibeline

Retour sur l'édition 2017 de L’Été danse au CDC – Les Hivernales - Zibeline

Dans la vie du festivalier avignonnais, l’Été danse au CDC Les Hivernales est une journée particulière. Dense, intense et jubilatoire, en sept propositions quotidiennes.

Tout commence quand la cité papale est encore groggy. Yasmine Hugonnet réveille en douceur nos sens engourdis avec Le Récital des postures, concentré d’intensité chorégraphique. Recroquevillée au sol, visage enfoui dans sa chevelure, la chrysalide se transforme en papillon en d’infimes mouvements immobiles, mais pas seulement. Frottement des pieds, étirement des jambes, rotation du bassin, sa mise à nu délicate se déroule en un patient effeuillage qui transfigure la statuaire préhellénique en sculpture vivante empruntant à Isadora Duncan ses figures évanescentes. Plus elle se libère des postures figées, et plus elle s’abandonne avec audace, muscles relâchés sur demi pointes. Telle Samson elle tire force et puissance de ses cheveux qu’elle manie sans ménagement, vestale au feu sacré du bout des pieds à la pointe de ses mèches.

Si Yasmine Hugonnet nous laisse rêveurs au bord de sa danse silencieuse, Ayelen Parolin nous apparaît comme un ovni illuminé. Une bombe à retardement. La chorégraphe argentine réactive son trio Hérétiques pour un quartet exclusivement masculin, accompagné par le percussionniste-chanteur Seong Young Yeo et Léa Petra au piano. Saisissante écriture qui métisse les genres (danse contemporaine, arts martiaux et danse traditionnelle coréenne) sous prétexte de raconter les prédications du dieu aux cinq directions… Le rituel chamanique emporte les danseurs dans une transe fusionnelle qui trouve son apogée dans le retour à la case départ : avons-nous seulement rêvé ? Sous la carapace de leurs muscles bandés par une pression ininterrompue, leur précision technique et leur efficacité en font les interprètes hors pair d’une chorégraphie explosive.

Autre transe avec People what people ? de Bruno Pradet qui lâche sa tribu sur le dancefloor au rythme d’une musique électro lancinante ! Dans ce processus de résistance ininterrompue, l’obsession répétitive du geste engendre ses propres failles : les échappées individuelles, merveilles d’accident et de dérapage. Le groupe se fragmente en électrons libres pour mieux revenir à la forme originelle (le noyau dur) après avoir traversé différents états de corps, de la poussée progressive des souffles et des halètements au geste suspendu, de la nervosité théâtrale chère à Pina Bausch à la marche en fanfare. Comme électrocuté, il enchaîne concerts de râles, voix, cris discordants et mouvements convulsifs qui nous laissent abasourdis.

Unis, ensemble

Ligne, rythme, direction, espace, placement, distance : les fondamentaux architectoniques d’un spectacle chorégraphique sont dans My (petit) pogo de Fabrice Ramalingom, déclinaison jeune public de My Pogo. Une leçon de danse ludique et généreuse qui fera mouche auprès de tous les publics au vu de l’accueil enthousiaste du CDC. Sa démonstration collective fait aimer la danse et comprendre comment elle s’invente, se construit, ensemble. Notion fondamentale pour le directeur de la compagnie Rama qui raconte en images, en corps et en paroles les mille et une manières de « faire danser son corps tous unis ». L’imaginaire fait le reste, qu’il convoque avec gourmandise et simplicité.

Après son « danser ensemble », place au « vivre ensemble » de Naïf production. Le collectif a fait un tabac à Montpellier Danse avec Je suis fait du bruit des autres. Aux Hivernales où il est en résidence, le trio de danseurs-acrobates évolue masqué et cagoulé dans La Mécanique des ombres. Pantins reliés par des fils invisibles, ils se déplacent pareils à des aimants, tentent l’approche, dialoguent au sol, dans l’incapacité à se lever ; pris au piège d’un métronome au rythme immuable, il leur faut se défaire de la gestuelle robotique pour atteindre une fluidité plus humaine… Si notre attention se relâche sporadiquement, on reste hypnotisé par leur travail autour de la chute, de la répétition et du mimétisme qui vient d’être couronné par le prix Nouveau Talent chorégraphique 2017 de la SACD.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2017

L’Été danse a eu lieu du 9 au 26 juillet 2017 au CDC – Les Hivernales

Photo : Nativos, chorégraphie de Ayelen Parolin © Mok Jinwoo