Deuxième long-métrage de David Perrault, en salles le 26 février

L’État SauvageVu par Zibeline

Deuxième long-métrage de David Perrault, en salles le 26 février - Zibeline

David Perrault confirme, après Nos héros sont morts ce soir, son goût de l’époque comme révélateur d’un espace, d’un territoire à inventer. Aux années 60 esquissées par ce premier film succède une réappropriation par le cinéaste des codes d’un genre particulièrement travaillé par ces questions : le western, lieu des possibles, devenu, au gré de ses plus récentes relectures, celui de la rédemption. Si les personnages de L’État Sauvage se voient ici contraints à une traversée, elle se déroule ici à rebours des itinéraires habituellement dépeints par le genre. La famille, installée à la Nouvelle-Orléans, n’est pas anglo-saxonne mais francophone ; elle se doit non plus de conquérir la terre promise, mais de revenir vers son Paris natal ; elle est, enfin, à l’exception du patriarche, composée uniquement de femmes. Dépeintes à merveille par Alice Isaaz, Deborah François et Maryne Bertieaux, les trois figures de jeunes filles oscillent entre un idéal européen romantique et celui, plus rance et ambigu, de la Belle du Sud. Face à elles, Kevin Janssens ne peut qu’incarner à son tour une animalité en voie d’extinction.

Redoutablement contemplatif, fort d’une photographie à se damner, L’État Sauvage peine cependant à toujours donner corps à ses personnages et à rythmer son action. La musique, particulièrement répétitive, nuit quelque peu aux pourtant nombreux moments de grâce. La Madeleine de Constance Dollé est notamment cruellement sous-exploitée, quand le trio de tête se résume trop souvent aux atermoiements de la jeune Esther. Demeurent cependant, au sortir de la salle, des images envoûtantes.

SUZANNE CANESSA
Février 2020

L’État sauvage de David Perrault en salles le 26 février (1h58)

Crédit Photo © Pyramide Distribution