Vu par Zibeline

Succès mérité pour la soirée 13 en courts organisée le 9 oct au cinéma Les Variétés

Less is more

• 9 octobre 2015 •
Succès mérité pour la soirée 13 en courts organisée le 9 oct au cinéma Les Variétés   - Zibeline

Étape souvent nécessaire pour les jeunes cinéastes qui rêvent longs, le court-métrage, il faut le répéter, est bien un art à part entière pratiqué par ceux qui y font leurs armes aussi bien que par des réalisateurs confirmés. Comme la nouvelle en littérature, il concentre le propos et les effets, pariant sur le périlleux «less is more».

Tous les ans, les Rencontres Films Femmes Méditerranée lui consacrent une soirée : 13 films de Méditerranéennes entrent en lice pour deux prix, celui du jury professionnel et celui du Public. Le 9 oct au cinéma Les Variétés, la salle était pleine, prête à glisser d’un court à l’autre, dans la  juxtaposition d’univers en échos, dans la variété des langages et des styles. 

Du corps des femmes

Le corps des femmes fut un des motifs récurrents de cette sélection. Ainsi le glacial Gri Bölge de la Turque Derya Durmaz a-t-il étrangement résonné avec la comédie à la française l’Amérique de la femme de Blandine Lenoir sur le même thème de la virginité. Le premier met en scène un face à face entre mère et fille dans le huis clos blanc bleuté d’une chambre d’ hôpital. La caméra bascule du néon clignotant dont le bruit se répète jusqu’à la nausée, au lit où l’adolescente est étendue, saisit la nuque de la mère assise sur une chaise, son visage attentif, soucieux puis fermé. Elle tourne autour d’un aveu en creux qui passe par les plans de coupe des souvenirs mordorés de la jeune fille et son rire nerveux. Le second réunit dans une cuisine une mère de plus de 60 ans et ses trois filles adultes, tandis qu’en coulisses, dans une chambre de la maison, la petite fille de 14 ans connaît, on le suppose, son premier rapport sexuel. Dispositif théâtral pour une conversation inter-générationnelle où on s’aperçoit, amusés, que même dans un pays qui met l’éducation sexuelle au programme des écoles et dans lequel on applaudit une ode au clitoris, la sexualité des jeunes filles et… des grands mères restent tabou.

Sujets de l’élégant film d’animation de Sarah Saïdan, Beach flags, des tabous plus radicaux devenus lois en Iran. Les sauveteuses en mer, privées d’eau et de bain, se convertissent à la course de sable, seule discipline internationale à laquelle elles ont le droit de participer. Le graphisme jouant sur les courbes et les angles, fait bouger les lignes, disparaître les cadres, célébrant au cœur d’une compétition, la force de la solidarité qui sauvera une jeune fille de la noyade d’un mariage arrangé. Corps objet de méfiance ou violé comme dans Quelques secondes de Nora El Hourch au montage nerveux, saccadé. On y suit dans un centre de réinsertion cinq jeunes femmes entre l’explosion de leur appétit de vivre, leurs coups de patte de félines qui ne sauraient plus rétracter leurs griffes, et les souvenirs lancinants, les blessures incurables qui les conduisent au repli, au suicide. Dans Un Parfum de citron de Sarah Carlot Jaber, c’est le corps de Rita, mis en cause parce qu’il ne porte pas d’enfant, qui se  libére pour une nuit de la pression maritale et familiale. Rita reviendra au bercail comme la tortue vagabonde du foyer à la carapace fendue par ses chutes successives, vers un mari qu’on devine stérile.

De l’enfance et des rapports familiaux

Beaucoup de figures d’enfants aussi dans ce cru 2015 et des rapprochements troublants. Ainsi, entre le Disney Ramallah de Tarama Erde, où un petit Palestinien rêve pirates et enchantements américains et la Princesse de Marie Sophie Chambon, fillette trop grosse engoncée dans sa robe de princesse. Dans les deux cas, les efforts des pères pour rendre leurs enfants heureux mais, entre eux, la différence d’une guerre. Le happy end des contes hollywoodiens est impossible en Palestine. Enfants et adolescents sont malmenés par la réalité du monde. Dans le terrible Volta de Stella Kyriakopoulpos, une fillette est abandonnée par une mère si pauvre et si lasse dans l’Athènes d’aujourd’hui. Dans Gueule de loup d’Axelle Philippot, une autre s’invente un ami loup pour supporter l’absence de sa maman-serveuse. Dans Ahlem d’Alexandra Pescetta, sorties de l’enfance, deux adolescentes rêvent encore au milieu des drames de l’immigration en Sicile.

Coup de cœur pour Las pequenas cosas de Carla Simon, où l’art du cadrage à lui seul raconte la séparation et la proximité d’une mère pieuse, rigide et de sa fille naine, rebelle par petites touches. Et pour le court qui répond le mieux sans doute au less is more, mention spéciale au Tisina Mujo d’Ursula Meir. En quatre temps, 11 minutes, sans un mot sur le sujet : les séquelles de la guerre de Bosnie, la situation économique précaire du pays, les blessures et les rêves d’un ado comme les autres.

La soirée s’est terminée sur un sourire avec le tonique et acidulé Amélia et Duarte d’Alice Guimaraes et Monica Santos, en stop motion animation, bouquet d’inventions graphiques pour une love story à classer définitivement au Musée des Amours perdues.

ELISE PADOVANI

Octobre 2015

Photo : (c) maja films

Palmarès :

Prix du jury, doté par la BNP PARIBAS : Quelques secondes de Nora El Hourch ( France, 2015) avec une mention spéciale pour Ahlem de Alexandra Pescetta ( Italie, 2014)

Prix du Public : L’Amérique de la femme de Blandine Lenoir ( France, 2014)


Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
facebook.com/Cinemalesvarietes