Vu par Zibeline

Les Rencontres Films Femmes Méditerranée programment Godless, un premier film très noir et très maîtrisé

Less and less

• 5 octobre 2017, 5 octobre 2017 •
Les Rencontres Films Femmes Méditerranée programment Godless, un premier film très noir et très maîtrisé - Zibeline

Godless, le titre l’annonce : il sera question d’une absence dans ce film. D’une absence qui ne sait pas encore qu’elle est un manque. De Dieu si on veut, d’une spiritualité, d’un sens c’est certain, ou tout simplement d’amour pour son prochain. «Je veux aimer mais je ne peux pas» déclare l’héroïne du film à sa mère, «et toi non plus tu ne peux pas ! Y’a des pilules pour ça ?». L’âme slave dans l’ère post-communiste a un sacré vague ! Le Prix du Jury à Cannes 2017 est revenu au glacial Loveless du Russe Andreï Zviaguintsev . Et en 2016, Locarno avait primé celui-ci, non moins glacial. Premier long métrage de la Bulgare Ralitza Petrova, Godless nous transporte dans une petite ville de montagne, isolée, enneigée, boueuse, grise que la photographie du film désature comme si la couleur en avait été expulsée, comme si la vie était déjà exsangue. Une nature hostile, des immeubles austères. Un silence, des disputes en off, des détonations. Un passé qui affleure par petits touches, par confidences en bribes, dans des mémoires vacillantes. Pas reluisant, ce passé : une fille vendue par son père, la guerre, les charniers, l’occupation nazie. Dans  le paysage, des visages fermés, durs ou ravagés par le temps vont apparaître. Celui de Gana, cheveux tirés, sans maquillage, mal fagotée, interprétée par Irena Ivanova qui a obtenu un prix d’interprétation mérité pour ce rôle difficile.  Gana est physiothérapeute à domicile. Elle s’occupe de personnes âgées dont elle vole les cartes d’identité pour nourrir un trafic organisé en complicité avec son petit ami morphinomane comme elle, et chapeauté par des officiels corrompus. Le délit fait métaphore : l’identité est interchangeable. Une personne en vaut une autre. Que valent d’ailleurs ces personnes ? Pas de pitié pour les faibles. Pas d’empathie pour ces esprits séniles, ces corps décrépis, pas de dégoût non plus pour les escarres, les draps souillés, pas de pitié pour cet enfant abandonné dans la cage d’escalier à l’avenir déjà écrit. Pas de sexe non plus, pas de désir. La partouze chez le juge ripou est triste : Thanatos est plus fort qu’Éros. Gana semble anesthésiée. La caméra épaule la suit au plus près jusqu’à l’ignominie de trop. Elle a entendu un de ses patients chanter à l’église et cette lumière-là, surgie de la noirceur, va peu à peu grandir en elle. Elle ne supportera pas qu’il soit arrêté par sa faute, qu’il meure… Le film finit par une chute. Permet-elle une renaissance, une rédemption ? Peut-on se sauver seul ? Est-ce naïveté d’y croire ?  De penser que le ressenti du manque peut indiquer qu’il y a encore un peu d’humanité «au royaume pourri du Danemark» et ailleurs ?

Godless de Ralitza Petrova a été programmé en présence de M. Jean-Marie Martin, Consul honoraire de Bulgarie, par Les Rencontres Films Femmes Méditerranée au cinéma Les Variétés le  5 octobre 2017

ELISE PADOVANI
Octobre 2017

Photo © Heretic Outreach


Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
facebook.com/Cinemalesvarietes


Association Films Femmes Méditerranée
2 rue Henri Barbusse
13001 Marseille
04 91 31 87 80
http://www.films-femmes-med.org/