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La Salle Musicatreize a reçu le claveciniste Freddy Eichelberger

L’esprit d’invention

La Salle Musicatreize a reçu le claveciniste Freddy Eichelberger - Zibeline

Sur son luxueux clavecin à pédalier (copie d’un instrument italien du XVIIIe siècle), sonore, conçu pour l’opéra, le 11 avril en la Salle Musicatreize, Freddy Eichelberger entame une descente chromatique qui rappelle la Chaconne illustrant la Mort de Didon de Purcell. À ce figuralisme baroque, le claveciniste superpose des arpèges qui frappent illico l’oreille… Malgré l’incongruité proposée, on reconnait une fameuse intro, d’ordinaire jouée à la guitare, celle du tube de Led Zep : Stairway to heaven ! Mais où donc veut nous conduire le musicien, à l’issue d’une heure d’improvisations virtuoses, classiques, un brin monocordes, durant laquelle il a renoué avec l’esprit d’invention de Bach, après qu’il s’est joué du contrepoint et des suspensions, de la basse continue et des marches harmoniques, d’ornements, modes ou chorals, pour former une espèce de vaste «Suite» baroque ? L’empilage final affiche une «collision» frappante, originale, dont les flèches s’opposent, en sens inverse… Car on ne sait s’il faut suivre la «mise au tombeau» ou «l’ascension» au Paradis ?

On n’aura pas de réponse… si ce n’est un délicieux bis offert sous la forme de variations sur une mélodie entêtante, «tube» également… mais d’un autre temps : «Une jeune fillette» qu’on a «rendu nonette» et qui «n’attend que la mort»

On la fredonne à l’issue d’un programme plaisant, mais qu’on aurait pensé plus «iconoclaste», usant trop peu, hormis quelque ostinato contemporain ou tango chaloupé, de recyclages, métissages…

JACQUES FRESCHEL
Avril 2013

Photo : Freddy-Eichelberger-c-Robin-Davies