Sens dessus dessous de Milena Agus, à dévaler quatre à quatre !

L’esprit de l’escalierLu par Zibeline

Sens dessus dessous de Milena Agus, à dévaler quatre à quatre ! - Zibeline

Dans le nouveau roman de Milena Agus, rien, mais alors rien n’est Sens dessus dessous comme pourrait le laisser entendre le titre ; tout est méthodiquement pensé, calculé, calibré pour faire fondre de tendresse, soupirer d’aise, enchanter le lecteur et la lectrice (de plus de cinquante ans ?).
Irritant donc et si le succès de l’auteur ne se dément pas (son best-seller Mal de Pierres vient d’être adapté au cinéma par Nicole Garcia), c’est bien grâce à un talent certain pour garantir sa marque de fabrique. Allons y voir de plus près : la Sardaigne, Cagliari, la Marina, un immeuble cossu dans un quartier pauvre -on repère l’idée- et des habitants-personnages qui montent et descendent l’escalier de leur destin (dans l’Elégance du Hérisson, il y avait un ascenseur) ; une narratrice, la jeune Alice -papa suicidé, mère folle- qui s’impose tranquillement dans le récit jusqu’à en tirer les ficelles explicitement ; un émerveillement de bon aloi devant la vie « Désormais, la vieillesse ne m’apparaît plus comme une ombre mais comme un éclat de lumière, le dernier peut-être » ; trois vieux donc, à l’étage supérieur un Mr Johnson violoniste aux lacets défaits, sa femme en allée puis revenue, plus sympathique qu’il n’y paraissait de prime abord (ça s’appelle une surprise !) et Anna, à l’entresol, femme de ménage généreuse qui réussira son ascension sexuelle ; deux jeunes hommes (oui oui) et leur enfant adopté ; une jalouse pathologique toujours au bord du suicide et pour mettre le tout en mouvement une écriture fraîche dont la citation en exergue (La Vie devant Soi / Romain Gary) donne le ton. Sans un grain de folie la vie manquerait de sel, n’est-ce pas ? « Il dit que nous ne sommes jamais comme les autres voudraient que nous soyons. Nous pouvons en être très malheureux, jusqu’à en mourir ; ou bien accepter d’être à contre-courant, comme dans les comptines. » Roman à dévaler quatre à quatre sans risque de chuter !

MARIE-JO DHÔ
Juin 2016

Sens dessus dessous
Milena Agus
Liana Levi, 15 €