Chaillol : éclectisme et modernisme, tradition et ouverture... recette d'un festival qui se joue dans les hauteurs

L’esprit de ChaillolVu par Zibeline

• 17 juillet 2014⇒12 août 2014 •
Chaillol : éclectisme et modernisme, tradition et ouverture... recette d'un festival qui se joue dans les hauteurs - Zibeline

Si nous devions choisir un seul mot pour caractériser l’essence même du Festival de Chaillol, la rencontre serait certainement parmi les signes distinctifs de l’idiome de cette 18ème édition traçant son sillon à travers les vallées des Hautes-Alpes. Ce n’est pas le duo Yulzari-Lev qui nous contredira en cette soirée du 3 août dans l’écrin intimiste de la chapelle de Saint-Michel de Chaillol. La réunion de deux musiciens d’exception pour interpréter Azafea, du nom de leur album, à travers un échange et une dualité entre musique savante et musique « d’aujourd’hui ». Contrebasse et guitare se cherchent, dialoguent et rivalisent d’ingéniosité pour revisiter Satie, Rodrigo ou Weill. La tradition écrite s’efface petit à petit pour laisser place à l’improvisation au détour de pièces Klezmer, juives, turques…

La tradition n’est pas loin, la partition parfois non plus, mais tout parait pourtant nouveau et remarquablement pensé. A l’image du claviériste Franck Tortiller, véritable acrobate du marimba et vibraphone s’offrant une séance live accompagné de musiciens en herbe lors d’une rencontre impromptue exaltante, le duo se fera un plaisir de partager son goût pour l’improvisation et le « détournement » de partitions auprès des jeunes stagiaires de l’Espace Musique Montagne, académie voisine du festival. Rencontre quand tu nous tiens…

A Chaillol, on profite de paysages exceptionnels, comme à Rabou, petit bout du monde à portée de roues surmontant la vallée du Petit Buech. Et dans la chapelle du village alpin se niche un public comme on n’en voit nulle part. Imaginez qu’à la fin de son récital Jean-Marc Aymes, claveciniste hors-pairs excellant dans le répertoire baroque, demande à ce dernier ce qu’il préfère entendre en bis : « classique ou contemporain ? » ose-t-il proposer en choix alternatif ! On a auparavant couru, le 9 août, au gré de ses doigts virtuoses, de Frescobaldi à Bach… en passant par une Cadence vertigineuse et atonale de Lucien Guérinel ! Eh bien que croyez-vous qu’on choisit au Festival de Chaillol qui depuis longtemps, sous la houlette de son directeur artistique Michaël Dian, place la création contemporaine au cœur de ses programmes de concert ? La seconde proposition bien sûr ! Bien en prend à l’assistance car Jean-Marc Aymes l’époustoufle avec une partition mythique et majeure de la seconde partie du 20ème siècle : Continuum de Ligeti, alliant la légèreté véloce de l’itération à un paradoxal sentiment d’immobilité. Fabuleux !

FREDERIC ISOLETTA & JACQUES FRESCHEL
Septembre 2014

Photo : Jean-Marc Aymes © Alexandre Chevillard