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Vu par Zibeline

Les mystères du Gwo Ka révélés à Correns

Les voix des tambours

Les mystères du Gwo Ka révélés à Correns - Zibeline

« Des tambours au loin et une maison de maître brûle… les rythmes constituent un langage commun aux esclaves qui, depuis le XVIIe, sont convoyés aux Amériques et n’ont pas forcément la même langue… », sourit Roger Raspail, complétant l’introduction documentée de Frank Tenaille lors de la rencontre qui précède le concert de fin de résidence de son ensemble. « Les tambours du Gwo Ka résonnent en Guadeloupe depuis l’arrivée des premiers esclaves. Fortement enracinée dans la ruralité de l’île, cette manifestation musicale symbolise la reconquête par la population de son identité profonde, le public d’aujourd’hui renoue avec cette culture lors des soirées Léwoz, au cours desquelles on se livre aux improvisations dansées, chantées, jouées sur les percussions ». Les tambours sont fabriqués à l’origine à partir des « gros quarts » (d’où leur nom) de tonneaux destinés à acheminer les salaisons. Ce tambour, symbole de ralliement et de résistance, servit à annoncer des rassemblements clandestins, voire des révoltes contre les propriétaires de plantations, qui en sanctionnèrent l’usage… en vain ! En 2014 le Gwo Ka est inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité. Gardien de la valeur patrimoniale du Ka, Roger Raspail a apporté sa contribution artistique à une multitude de groupes, dont celui de Cesária Évora, de Kassav, d’Anthony Joseph,… À la demande du Chantier, il a accepté le projet d’une variation autour du « Ka », accompagné par des musiciens de haute volée, Maryll Abbas (accordéon et vocalises jazzées), Moïse Marie (chant, basse, percussions) et Jony Lerond, alias Somnanbil, (chant, percussions). Avec une belle complicité, cette formation talentueuse décline les sept rythmes ou plutôt cadences de base du Gwo Ka, chacune correspondant à une signification particulière. La virtuosité n’est jamais gratuite, mais souligne l’appartenance de cette musique à une aventure humaine séculaire, et, à l’instar du jazz ou du reggae, répond par sa vertu de résistance à une philosophie de vie. Et un art communicatif du bonheur !

MARYVONNE COLOMBANI

Mai 2018

Concert donné le 20 avril au Fort Gibron, Correns.

Photographie : Correns © MC


Le Chantier
Centre de Création de Nouvelles Musiques Traditionnelles
Fort Gibron BP24
83570 Correns
04 94 59 56 49
http://www.le-chantier.com/