Un spectacle donné sur le bateau Le Don du Vent fait revivre la tradition de l'opérette marseillaise

Les Voix  de l’AlcazarVu par Zibeline

• 1 septembre 2014 •
Un spectacle donné sur le bateau Le Don du Vent fait revivre la tradition de l'opérette marseillaise - Zibeline

Prenez un grand voilier soixantenaire, «  Le Don du Vent », tanqué quai du Vieux-Port devant la Mairie ! Placez-y la Bonne-Mère en arrière-plan et faites doucement descendre le soleil, rougeoyant à l’ouest, au dessus du Fort Saint-Jean… Vous aurez le meilleur décor naturel qui soit pour ces « Voix de l’Alcazar » reprenant à leur compte le répertoire des opérettes de Vincent Scotto et René Sarvil. Il faut dire que le duo formé par Murielle Tomao et Jean-Christophe Born porte bien son nom, tant la soprano possède l’ampleur lyrique d’une vraie diva, arpentant naturellement les scènes d’opéras, quand le ténor, dans l’exercice ordinaire de son métier, chante plutôt Tamino que Titin ! C’est le premier intérêt de leur récital : « Marseille mes amours » renoue avec la vocalité de l’opérette qui, pour être « marseillaise, n’en est pas moins… une « opérette » ! Il suffit d’écouter, en son temps, Darcelys chanter « J’aime la mer » ou « Miette » pour comprendre combien la voix, dans toute sa dimension lyrique, était convoquée dans les classiques Un de la Canebière, Au pays du Soleil ou Les gangsters du Chateau-d’If

Le 1er septembre, malgré le plein air, et un mistral jouant avec les partitions, on les entend de loin ces « Voix »…  jusque sur le quai : leurs aigus bien posés, une ligne de chant vibrante et large… Et de l’élégance dans le jeu, la diction, un accent modéré… Car il en faut aussi dans ce répertoire qui dit simplement ses vérités, sans vulgarité, comme par exemple : « les mots d’amour que l’on dit à minuit, comme les songes, sont des mensonges… ». Et même lorsque leur Plus beau de tous les tangos du monde se fait pressant, voire torride, la danse hilarante ne tombe pas dans la caricature grossière. Reste l’accompagnement ! Dans les grandes années de l’opérette marseillaise, lorsque Alibert enregistrait ses fameux airs, c’est Georges Seelers qui était à la baguette. La pâte symphonique était sophistiquées, le rythme jazzy, les couleurs “band”… Sur le bateau, c’est un formidable accordéoniste qui joue l’homme-orchestre à bretelles : Cyril Muller. On est loin, en sa compagnie, des flonflons musette. Ses valses swinguent à souhait, et ses mains filent à grands traits virtuoses sur les claviers.

Épatant !

JACQUES FRESCHEL
Septembre 2014

Un spectacle produit par Arts et Musiques en Provence, dans le cadre de « Septembre en Mer » et le soutien du Parc National de Calanques.

www.artsetmusiques.com

www.septembreenmer.com

Photo : « Murielle Tomao & Jean-Christophe Born © Alain Taillandier