Vu par Zibeline

Soirée d'ouverture d'Actoral : on sort un peu déçus de n’avoir même pas été une marionnette entre les mains de Gisèle Vienne

Les vivants et les morts

• 24 septembre 2014⇒25 septembre 2014 •
Soirée d'ouverture d'Actoral : on sort un peu déçus de n’avoir même pas été une marionnette entre les mains de Gisèle Vienne  - Zibeline

Actoral 14/ soirée d’ouverture. La Minoterie a fait le plein et après une menue lecture-performance du bout des lèvres ( les aventures de Marine Le Pen avec les commerçants de centre-ville font à peine à peine grincer des dents) de Nathalie Quintane, marraine aigre-douce de cette nouvelle édition, le public attend du « lourd » et en l’occurrence la reprise des Kindertotenlieder, non de Mahler mais de Gisèle Vienne.  « Rien à comprendre, tout à sentir » disait Barthes et on est  venus pour ça ! Mais non c’est quasiment l’inverse qui se produit et du coup petit flop :  forts des expériences antérieures on avait malaxé les boules Quies généreusement distribuées à l’entrée en ruminant quelque stratégie de spectateur futé ( comment tendre l’oreille à l’anglais non surtitré du texte de Dennis Cooper et se la boucher à toute fin d’endiguer le déferlement attendu ) pour se retrouver de fait à priser le minimalisme planant, hypnotique et lancinant du fidèle duo KTL ( O’Malley et Rehberg) …et à saisir très nettement que cette âme en peine qui erre sur la scène (un fantôme ?) affirme dans une langue fort peu mallarméenne « je m’ennuie; tu t’ennuies; le sexe est ennuyeux ; être torturé est ennuyeux ; être tué est ennuyeux. » Et l’œil dans tout ça ? Gentiment charmé par un plateau couvert de neige ; des rochers affleurent et la petite classe morte de poupées teen-agers qui accompagne quasiment tous les spectacles de la metteure en scène est bien plantée-là, côtoyée par des comédiens tourmentés et mouvants ( aucune ambiguïté dans les signaux) venus accomplir une cérémonie funèbre-concert de rock devant un cercueil ouvert ; il y a eu un meurtre et il y a des amis et l’ami est meurtrier et inversement ; la lenteur maîtrisée sauve un peu de beauté éparse et les figures chamaniques poilues des Perchten ( voir la tradition autrichienne ) avec leurs cornes et leurs grelots chassent un court moment le gothique un peu conventionnel des âmes damnées. Dans ces limbes peu d’étrangeté et l’effroi trop balisé laisse froid ; la catharsis redoutée reflue faute de trouver un interstice par où se glisserait un fantasme fort ; on sort un peu déçus de n’avoir même pas été une marionnette entre les mains de Gisèle Vienne ! ! !

MARIE JO DHO
Octobre 2014

Kindertotenlieder a été donné au théâtre Joliette-Minoterie dans le cdre d’Actoral le 24 et le 25 septembre 

Photo : Kindertotenlieder -c Mathilde Darrel


Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr