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Vu par Zibeline

Faust prochainement à l'Opéra de Nice

Les visiteurs du soir

Faust prochainement à l'Opéra de Nice - Zibeline

On le lui a souvent reproché : le Faust de Gounod n’a que faire de l’or et de la gloire, encore moins de la connaissance ou de la métaphysique chère à Goethe. C’est d’amour qu’il rêve, et plus précisément de l’amour des jeunes filles, alors que l’angoisse de la mort l’envahit.

Sitôt scellé son pacte avec Méphistophélès, le Faust de Jean-Pierre Furlan, vieillissant -mais vocalement encore fougueux et charpenté-, cède la place à la jeunesse et au coffre de Jean-François Borras. Il ne disparaît pas pour autant : la tragédie se déroule alors sous les yeux du vieux Faust, tour à tour ému et terrifié à la vue d’événements qu’il ne vit sans doute pas pour la première fois. De quoi le diablotin grimaçant et sensuel de l’irréprochable Nicolas Courjal est-il d’ailleurs le nom ? L’immense maison de poupées qui constitue ce décor aux dimensions surréalistes est-elle son terrain de jeu ou l’écran des fantasmes du docteur ?

Ce parti pris de la metteure en scène Nadine Duffaut est séduisant, avant tout parce qu’il épouse moins l’esprit du livret que celui de la partition, à laquelle Lawrence Foster et l’Orchestre de l’Opéra de Marseille rendent justice sans peine. C’est ainsi Méphistophélès qui fait ici ressurgir, au sens propre et au sens métaphorique, une mélodie tendre à l’orchestre quand la noirceur du vieux Faust a pourtant pris possession du plateau. La pureté éthérée de la harpe, la souplesse et la tenue vocale de la formidable Marguerite de Nicole Car s’emparent du plateau et de la fosse sans peine. Cette douceur sait aussi se muer, par endroits, en une modalité candide. Une inquiétude aux accents baroques émane de l’orgue tonitruant de l’Acte IV. Le Valentin d’Etienne Dupuis est d’une volupté parfaite, dans la lignée du beau chant italien. A la croisée de tous ces héritages, le Faust de Gounod demeure une oeuvre hantée, traversée par le deuil d’une jeunesse qui s’en va. Le grand spectacle convoqué ici ne prend alors jamais le pas sur cette amertume-là : l’opéra ne fait qu’y gagner en ampleur.

SUZANNE CANESSA
Février 2019

Créée à Avignon en 2017, jouée depuis à Massy, Reims et Metz, et à l’Opéra de Marseille du 10 au 21 février, cette co-production sera également donnée à l’Opéra de Nice du 22 au 28 mai

Photo : Faust c Christian Dresse 2019 (2)