Retour sur le roman de Velibor Colic Ederlezi publié aux Editions Galimard

Les trois vies d’AzlanLu par Zibeline

Retour sur le roman de Velibor Colic Ederlezi publié aux Editions Galimard - Zibeline

Par ici, on connaît bien Velibor Colic. En 2012, les lycéens et apprentis de la région lui ont décerné le Prix Littéraire PACA pour son Jésus et Tito, une plongée douce-amère dans la Yougoslavie de sa jeunesse. Il était dernièrement au Salon de Cassis. Et le voici qui démarre actuellement la première partie d’une résidence proposée par Peuple et Culture Marseille pour la troisième édition de D’une langue à l’autre. Une résidence d’écriture autour de son ouvrage en cours Manuel d’exil. L’exil, il connaît bien : fuyant la guerre dans les Balkans, il s’est réfugié en France en 1992. C’est d’ailleurs d’exil et d’errance qu’il est question dans son dernier roman Ederlezi. Ederlezi, la fête du printemps, la Saint-Georges, célébrée le 6 mai, la plus grande fête tzigane. Velibor Colic le rappelait lors de la soirée d’ouverture de sa résidence : «Aujourd’hui, dans le monde, on adore le nomadisme mais on déteste les nomades.» Son roman rend donc hommage à ce peuple «sans Dieu, sans terre et sans cimetière», éternel bouc émissaire que les nazis et les oustachis ont exterminé dans leurs camps, que la guerre des années 1990 a continué de massacrer, que l’espace Schengen refoule aujourd’hui inexorablement. Un hommage envoûtant comme les mélopées tziganes qui résonnent dans ses pages, enivrant comme les bières et les rakis qui les abreuvent généreusement, passionnant comme les légendes qui les peuplent, attachant comme cet Azlan dont on suit les trois vies. Azlan Baïramovitch est un chanteur du village de Strehaïa, le village aux trois noms (comme les trois peuples qui y vivaient en harmonie) aujourd’hui rayé de la carte. Ce que conte Ederlezi, c’est donc l’histoire fabuleuse de ses trois existences terrestres, entre voyages et exils, du début du XXe siècle à 2009. Toutes trois tragiquement finies… mais ponctuées de fêtes mémorables, d’amour et de musique jusqu’à plus soif. Une «comédie pessimiste» comme l’indique le sous-titre ; un hymne au peuple tzigane, à son sens de la dérision et à son énergie inaliénables surtout. Saine et revigorante lecture en ces temps de régressions fangeuses.

FRED ROBERT
Juin 2014

Ederlezi

Velibor Colic

Gallimard, 18 euros

 

L’auteur est en résidence d’écriture avec Peuple et Culture Marseille (jusqu’au 5 juillet). La deuxième partie de la résidence aura lieu de fin septembre à fin novembre. De nombreuses rencontres, des lectures et des ateliers sont prévus. Renseignements sur www.peuple-culture-marseille.org ou en téléphonant au 04 91 24 89 71