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La salle Musicatreize a accueilli Acqua di mare amaro en création mondiale

Les travailleurs de la mer

La salle Musicatreize a accueilli Acqua di mare amaro en création mondiale - Zibeline

La salle Musicatreize clôturait sa saison le 7 juin avec une création mondiale du compositeur Luca Antignani.

La soirée s’ouvre sur la composition Ornithopsia d’Annette Schlunz, interprétée a capella par l’Ensemble Musicatreize dirigé par Roland Hayrabedian. Treize chants se succèdent et déploient de nombreuses techniques inhabituelles dans la musique occidentale : chants diphoniques, quarts de tons, accord de onze sons… La versatilité du souffle et la précision des dissonances s’avèrent très convaincant, et l’expérience immersive. Il est encore question d’oiseaux avec Per Norgard et D’Monstranz Voogeli, qui fait d’une mélodie de rossignol un ostinato sur lequel viendront se superposer les voix et les sifflements d’oisillons de l’Ensemble. Si, parfois, l’exercice tient plus du bruitage rythmique que d’une construction musicale, le chant d’oiseau est ensuite réitéré par augmentation, pour délivrer un final solennel et néanmoins poétique.

Le violoniste Francesco d’Orazio interprète seul la Sequenza VIII de Luciano Berio et Thrilling Wings d’Ivan Fedele. L’artiste fait montre des nuances et de la virtuosité exigées par ces partitions contemporaines : harmoniques surprenantes, attaques sèches, jeu sul tasto en sourdine ou proche du chevalet pour un timbre plus grinçant.

La création mondiale d’Acqua di Mare Amaro réunit enfin l’instrumentiste et les chanteurs. Les textes du poète maudit Dino Campana érigent le port autant comme un espace d’évasion que d’oppression. Cette dualité est intacte dans la musique de Luca Antignani, qui évoque l’énergie, la cohue et finalement le calme. Les pupitres de l’ensemble se distinguent en particulier sur la deuxième partie ; ils évoquent tantôt la foule, tantôt les bruits de la mer. Le violon, plus en dialogue avec eux qu’en harmonie, fait appel à toute la palette des techniques et notamment sur la très belle coda, où l’archet est frotté sur le corps de l’instrument pour évoquer le son des vagues qui s’éloignent.

PAUL CANESSA
Juin 2019

Acqua di mare amaro a été donné le 7 juin, salle Musicatreize, Marseille

Photographie : Francesco d’Orazio © Marta Cantarelli


Salle Musicatreize
53 Rue Grignan
13006 Marseille
04 91 00 91 31
musicatreize.org