Le cinéaste roumain Corneliu Porumboiu signe un néo-noir jubilatoire, en salles le 8 janvier

Les siffleursVu par Zibeline

• 8 janvier 2020⇒15 janvier 2020 •
Le cinéaste roumain Corneliu Porumboiu signe un néo-noir jubilatoire, en salles le 8 janvier - Zibeline

Corneliu Porumboiu n’en est pas à son coup d’essai : réalisateur et scénariste de sept longs-métrages, dont deux documentaires, il compte parmi les cinéastes roumains les plus importants de sa génération. Sa filmographie déjà riche s’est frottée au récit policier et au cinéma social. Les Siffleurs creuse une voie différente, pétrie cependant d’intentions similaires. C’est que le langage y occupe toujours une place centrale : cinématographique, musical et oral, il est le lieu de tous les échanges, et de toutes les actions. La découverte par Porumboiu du silbo, langue sifflée développée par les Gomeros dans les Canaries, a donné naissance à ce scénario singulier. Soit l’apprentissage par un policier corrompu, Cristi – Vlad Ivanov, déjà présent sur Policier, adjectif – de cette langue peu commune, en vue d’exécuter un casse sans précédent. Son départ de Bucarest pour l’île paradisiaque, en compagnie de la non moins sublime Gilda – Catrinel Marlon – ne se fait cependant ni sans embûches, ni sans rebondissements … Malgré cet exotisme idiomatique, l’intrigue des Siffleurs demeure familière et égrène les clins d’œil référencés au polar et au film noir. Les révélations et retournements successifs s’avèrent cependant réjouissants, d’autant qu’ils se jouent habilement des codes du genre et désamorcent la violence à l’œuvre. Si Les Siffleurs parvient à marquer sans jamais se prendre au sérieux, c’est avant tout parce que son plaisir de filmer est diablement communicatif. De même que son fétichisme sonore, qui évoque le Hitchcock de L’Homme qui en savait trop sans y toucher. La narration s’empare savamment des possibles de la musique : au fil de sifflements mélodiques, mais aussi d’un agencement redoutablement efficace d’une partition sonore omniprésente. De quoi roucouler de bonheur !

SUZANNE CANESSA
Janvier 2019

Les Siffleurs, 1h38, en salles le 8 janvier