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L'univers loufoque des Shadoks au MIAM, jusqu'au 31 décembre

Les Shadoks font preuve de modestie au MIAM

• 18 juin 2016⇒31 décembre 2016 •
L'univers loufoque des Shadoks au MIAM, jusqu'au 31 décembre - Zibeline

Est-ce un avatar de l’art brut, son prolongement, une déclinaison, une réinterprétation, une déviance ? L’Art Modeste, revendiqué, porté et développé par Bernard Belluc et Hervé Di Rosa au Musée des Arts Modestes (MIAM) de Sète offre une autre facette à cet art qui se cherche un nom.

Inauguré en 2000, proposant des expositions temporaires variées et inspirées (Coquillages et crustacés, Sur le fil (expression textile inattendue), Fan Club, l’Art modeste sous les bombes (dédiée au street art…), le musée présente cet été et jusqu’au 6 novembre une rétrospective consacrée aux Shadoks. Plongée dans l’univers de leur créateur, Jacques Rouxel (1931-2004) : son bureau, ses croquis, ses influences (Miro, Klee). Plusieurs thèmes se succèdent, inspirés de la philosophie décalée des étranges oiseaux cathodiques : « un espace (pas très) espacé », « le cerveau Shadok ou l’esprit d’escalier », « guerre et paix »… Des œuvres contemporaines sont convoquées pour répondre aux aphorismes surréalistes de la série télévisuelle. Les Shadoks n’avaient pas encore inventé l’échelle aller-retour, permettant de monter et de descendre sur la même construction ? On présente ainsi une magnifique installation de David Nash. Des échelles sculptées, découpées plutôt, dans des banches d’arbre scindées dans la longueur, et posées à l’envers : corps graciles cherchant à s’élever, déséquilibre dynamique. Norbert Duffort et Thierry Dejean parviennent à créer des ponts entre l’univers loufoque de Rouxel et nombre d’artistes exposés aux côtés des Shadoks, le tout dans une atmosphère bricolée, qui rappelle bien les décors des émissions télévisées des années 60-70.

Au dernier niveau, l’exposition permanente de l’œuvre de Bernard Belluc se fait le porte-parole de cet art modeste qu’il a inventé.

Depuis toujours les objets sont ses amis, sa thérapie. Grand bègue et dyslexique, le jeune Belluc (né en 49) ne se sent bien que parmi ses petits soldats, ses cadeaux Bonux, à qui il déclame des heures entières ses histoires, sans encombre de parole. Il deviendra sculpteur de figurines et collectionneur compulsif. Son paradis, il le trouve aux Puces de Montpellier, sur les trottoirs, dans les poubelles, d’où il rapporte près de 300000 objets qu’il entrepose chez lui. La rencontre avec Di Rosa est déterminante. Lui qui s’était fait renvoyer des Beaux Arts, le voilà qui commence à élaborer des vitrines, mises en scène saturées et délirantes, où la nostalgie côtoie la défiance des règles, les couleurs explosent, les boites de chocolat en poudre épinglées les unes au-dessus des autres laissent entrevoir la fuite du temps, les animaux de la savane ouvrent la porte de l’école, laissant sortir des nuées de moutons, Star Wars succède aux guerres napoléoniennes… C’est vertigineux, inventif, inquiétant. C’est trop ? Non, c’est juste un peu de notre mémoire collective qui s’organise sous nos yeux.

ANNA ZIZMAN
Août 2016

Shadoks !
jusqu’au 31 décembre

Photographie : David Nash copyright Pierre Schwartz


Musée International des Arts Modestes
23 quai Maréchal de Lattre de Tassigny
34200 Sète
04 99 04 76 44
http://www.miam.org/