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Exposition « Ma nation : l'imagination » à la Fondation Maeght

Les sciences-fictions de Jan Fabre

• 30 juin 2018⇒11 novembre 2018 •
Exposition « Ma nation : l'imagination » à la Fondation Maeght - Zibeline

À l’heure où nous bouclons, l’artiste flamand et sa compagnie Troubleyn « sont actuellement mis en cause par la parution d’une lettre ouverte émanant d’anciens performeurs de la compagnie et incriminant les relations de travail. Alors qu’aucune plainte n’a été déposée, le ministre a diligenté une enquête ». Au vu de cette situation qui provoque beaucoup d’interrogations dans la compagnie, celle-ci a décidé d’ajourner les représentations de Belgium rules/Belgian rules prévues au Théâtre des Salins à Martigues dans le cadre du festival actOral. Quant à l’exposition Ma nation : l’imagination à la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence, elle se poursuit jusqu’au 11 novembre sous le commissariat de son ancien directeur Olivier Kaeppelin.

Si les œuvres de Jan Fabre prêtent souvent le flanc aux polémiques, celles consacrées aux relations entre le corps et la pensée, « avec l’esprit et le cerveau qui deviennent une source, une terre, un personnage », ouvrent à nouveau un débat. Sur la connaissance scientifique des mécanismes cognitifs et cérébraux -les neurosciences-, sur la religion -en tant qu’expérience commune, globale-, et sur l’art qui permet de sortir de notre monde physique. C’est cette fusion que tente l’artiste et qu’il symbolise dans son œuvre et sa propre représentation sculpturale : « J’aime la consilience entre art et science. L’art et la science ont ceci de commun que ce sont tous deux des sauts dans l’inconnu ».

Pour le visiteur de la Fondation Maeght, le saut dans l’inconnu est vertigineux ! Visuellement, d’abord, par la scénographie au cordeau et le jeu avec les espaces, les cours intérieures et les puits de lumière, orchestrés par Jan Fabre pour rendre encore plus éclatants le blanc immaculé et l’or poli de ses sculptures. Formellement ensuite, par son exploration naturaliste du cerveau dont il veut souligner physiquement la chair, les veines, les molécules et dont il affirme être « la partie la plus sexy du corps humain ». Par ses représentations baroques augmentées de circonvolutions, d’espaces microscopiques, d’une présence humaine (l’écorché), d’insectes et d’animaux mythologiques. Son œuvre érudite puise ses références aussi bien dans la peinture baroque du XVIe siècle, la statuaire du XVe siècle (La Pietà de Michel-Ange) que dans la mythologie : le scarabée, animal protecteur de l’humain au moment du passage dans la mort ; le papillon posé délicatement sur le joue, le scorpion, la conque…

La séduction plastique de ses sculptures réalisées par des marbriers de Carrare, aux socles évoquant les stèles funéraires antiques, et de ses dessins aux milliers de traits de stylo bille Bic bleu est indéniable. Sa traversée des frontières art-sciences, parfois ironique, requiert néanmoins une médiation indispensable car la métamorphose et l’hybridation sont les fondamentaux de ses réflexions et de ses créations.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Octobre 2018

Photo : Vue de l’exposition « Ma nation : l’imagination » de Jan Fabre à la Fondation Maeght © Angelos bvba / Jan Fabre / © Adagp Paris 2018. Photos Roland Michaud / Archives Fondation Maeght.

Ma nation : l’imagination

jusqu’au 11 novembre

Fondation Maeght, Saint-Paul de Vence

04 93 32 81 63 fondation-maeght.com