Histoires d’Eaux de Véronique Bigo, jusqu’au 11 février au Musée des Beaux-Arts de Marseille

Les règles du jeu de Véronique BigoVu par Zibeline

• 20 octobre 2017⇒11 février 2018 •
Histoires d’Eaux de Véronique Bigo, jusqu’au 11 février au Musée des Beaux-Arts de Marseille  - Zibeline

Perles de sueur, sang, amidon, fumerolle, nuage… l’eau coule au compte-goutte d’une œuvre à l’autre et d’un musée à l’autre dans Histoires d’Eaux de Véronique Bigo à Marseille. Ses peintures sur toile de lin et ses « pixels » monochromes irriguent un parcours inédit au cœur des collections, tissant des liens ténus ou flagrants avec les œuvres de son choix dont elle révèle d’infimes détails. Par transposition, duplication, évocation, détournement ou mimétisme. « Je souhaitais donner des clefs de lecture et de compréhension de l’art tout en restant moi-même. Je ne voulais pas plaquer mes œuvres préexistantes » précise l’artiste qui préfère raconter la vie des lieux (les musées marseillais) plutôt que la sienne (dans les galeries). D’où la production d’œuvres nouvelles au vocabulaire éminemment centré sur ce qui la préoccupe depuis toujours, l’avenir des objets, en dialogue avec Jan van Bylert, Françoise Duparc, Ingres, Monticelli… Vingt-deux installations disséminées dans les salles du Palais Longchamp* qui, espère-t-elle secrètement, « inciteront le public à s’interroger, à s’instruire, à regarder au delà de l’image ». À relire l’art en quête de sens grâce à ses conversations imaginaires.

Véronique Bigo a conçu l’exposition comme un jeu de piste -à moins qu’il ne s’agisse d’un Cluedo ! – éparpillant des indices plus ou moins aisés à résoudre, des correspondances plus ou moins franches. Entre son Tatouage / Duke Riley / Le Guerchin et Les adieux de Caton d’Utique, l’interaction formelle est immédiate, à l’instar de son hommage à Puget et de ses recherches de vibrations dans les toiles de l’École provençale. Là où l’intrigue se corse, et c’est jouissif, c’est lorsqu’elle déploie autour du tableau de Courbet Le cerf à l’eau un pixel jaune carré, un tableau barré d’une flèche lumineuse horizontale et Le sac de Madame Courbet, toile truffée d’indices : une pipe, une canne, l’ébauche d’un sexe féminin, clins d’œil au peintre et à L’Origine du monde. Là où l’abstraction est absolue, et c’est audacieux, c’est lorsqu’elle appose sa signature de Bleu / une rue de l’oasis de Cherma / Maurice Bompard en un seul pixel bleu, ou qu’elle relie quatre peintures de Louis Finson par une série de pixels (« les corps nus qui sécrètent ») et sa toile Samson et Dalila / blanc / Malevitch / Finson. Il lui aura fallu un an de vagabondage dans les collections pour s’imprégner des œuvres originelles, se les approprier et en proposer une lecture nouvelle : pas une décalcomanie mais une grammaire personnelle élaborée à partir de son amour de l’Art.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Décembre 2017

Histoires d’Eaux
Véronique Bigo
jusqu’au 11 février
Musée des Beaux-Arts, Marseille
musees.marseille.fr
04 91 14 59 30
musees.marseille.fr

*5 œuvres à découvrir dans les 5 autres musées de la Ville

Photo : (Palais Longchamp) Vue de l’exposition Histoires d’Eaux, Véronique Bigo, 2017 © jcLett