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Des Châteaux qui brûlent d’Arno Bertina : vivacité d’une écriture chorale et politique

Les poulets, les ouvriers et le Secrétaire d’État

Des Châteaux qui brûlent d’Arno Bertina : vivacité d’une écriture chorale et politique - Zibeline

Des Châteaux qui brûlent est drôle et tapageur. Parce que Montville, le Secrétaire d’État kidnappé dans l’usine bretonne d’abattage de poulets est bien évidemment le portrait, presque craché, d’Arnaud Montebourg. Et parce que le roman écrit avec brio regorge d’anecdotes amusantes, d’emballements, de gloutonnerie et de musique, et qu’il bruisse de langues diverses : dans chaque chapitre le narrateur change, la voix aussi, le rythme, la vérité.

Mais la force du roman, inspiré par l’expérience de SCOP des Fralib, vient surtout de son ancrage dans la lutte politique, dans le réel social. Il rappelle quelques faits entêtants : l’absurdité de l’abattage industriel, cruel, qui fournit des poulets aux émirs saoudiens, des profits aux actionnaires, et à peine de quoi mal vivre et mal manger aux ouvriers et aux éleveurs ; la nécessité de changer de modèle, de sortir du libéralisme qui appauvrit chaque jour ceux qui vendent leur force de travail, et s’accrochent à leur boulot pourtant ; l’exponentielle croissance des revenus des actionnaires, qui encaissent 90% des dividendes, puis ferment des usines rendues obsolètes ; les inégalités criantes, intenables, qui concentrent 99% des richesses dans les mains d’1% de la population ; la nécessité de la révolte, de la révolution, de la prise en otage… Mais aussi, et subtilement, Des Châteaux qui brûlent fait entendre les hésitations des syndicalistes, hommes et femmes de gauche confrontés à l’exercice du pouvoir, aux contradictions entre écologie et productivité, aux raccourcis imbéciles des médias et de l’appareil d’État, à l’incompréhension de ceux, ou envers ceux, qu’ils veulent (mais le veulent-ils ?) défendre et préserver, changer et comprendre, maitriser et laisser libres, accompagner et laisser choir.

Les conflits sociaux se nourrissent aussi de nos conflits internes, raconte chaque voix, de l’ouvrière « cintrée » à l’assistante moite. Et de l’absence d’ennemi visible, dans ce roman choral, au suspens parfois haletant.

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2017

Des Châteaux qui brûlent Arno Bertina
Verticales, 21,50 €

Les Correspondances
20 au 24 septembre
Manosque
04 92 75 67 83 correspondances-manosque.org

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