Vu par Zibeline

Les Particules de Blaise Harrison à la reprise de la Quinzaine des réalisateurs

Les Particules, film à la frontière

• 31 mai 2019 •
Les Particules de Blaise Harrison à la reprise de la Quinzaine des réalisateurs - Zibeline

Pays de Gex, frontière franco-suisse. P.A. et sa bande vivent leur dernière année au lycée. À 100 mètres sous leurs pieds, le LHC, l’accélérateur de particules le plus puissant du monde, provoque des collisions de protons pour recréer les conditions d’énergie du Big Bang, et détecter des particules inconnues à ce jour. Tandis que l’hiver s’installe et que P.A. voit le monde changer autour de lui, il commence à observer des phénomènes étranges, des modifications dans l’environnement, de façon imperceptible d’abord, puis c’est tout son monde qui semble basculer...

Tel est le synopsis du premier long métrage de Blaise Harrison qui jusque là avait réalisé des documentaires, ce qui se voit dans ce film singulier, assez déroutant,  où il nous entraîne dans le sillage de quatre adolescents en nous laissant parfois sur le bas côté.

Que se passe-t-il à cette frontière entre deux pays, entre deux mondes, l’un souterrain où se cognent avec furie les protons et l’autre à l’air libre ? Que se passe-t-il exactement pour Paul-André qui semble perdre pied dans l’entre-deux lieux, dans l’entre-deux temps ? Le monde des adultes, -hors champ dans le film- qui l’attend et cette adolescence chahuteuse et un peu gauche que Blaise Harrison montre avec beaucoup de justesse mettant en scène les quatre amis complices, pleins d’énergie, en cours de math ou de philo et lors des répétitions de leur groupe de musique dans un garage. Le temps des journées rythmée par les réveils à l’aube et les transports vers le lycée international, le temps du premier amour qui peut sauver ou détruire, le temps de l’incertitude et des big bang, entre la (méta)physique et la chimie des sentiments. Le film avance sur ces frontières comme un funambule : le réel se dissout dans le rêve, le rêve infuse la réalité. L’accélérateur de particules sous terre, filmé en longs travellings, modifie-t–il le paysage et ceux qui l’habitent ? D’où viennent ces altérations ? Certes, le point de vue est souvent celui de Paul André qui, avec ses trois amis, consomme parfois des champignons hallucinogènes mais  les images récurrentes de l’accélérateur alternant avec les scènes de la vie quotidiennes laissent supposer une causalité. Et la disparition étrange, lors d’un weekend   de camping près de la rivière, d’un des membres de la bande, épaissit l’énigme. La séquence des recherches à travers cette nature qui semble avaler l’humain, filmée comme un ballet est très réussie tout comme le  travail sur le son qui rythme tout le film. Ce n’est pas un hasard sans doute si le lien qui scelle l’amitié entre les quatre garçons est la musique et si Paul André joue dans une harmonie. Le film avec ses ralentis et ses accélérations se construit comme une partition musicale. Pour l’écouter, il faut sans doute accepter de ne pas tout comprendre.

ANNIE GAVA et ELISE PADOVANI
Juin 2019

Les Particules de Blaise Harrison a été programmé à l’Alhambra Ciné Marseille dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs qui se poursuit jusqu’au 6 juin.

Le film  sort en salles le 5 juin 2019.

Photo © Les Films du Losange


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