Le déchaînement du monde de François Cusset, aux éditions La Découverte

Les nouveaux visages de la violence

Le déchaînement du monde de François Cusset, aux éditions La Découverte - Zibeline

Le best-seller du psychologue cognitiviste Steven Pinker La part d’ange en nous démontrait statistiques à l’appui comment le monde était devenu moins violent. Dans les sociétés euro-américaines, l’évolution depuis la fin de la seconde guerre mondiale semblait aller dans le sens d’une pacification, d’un self-control susceptibles d’éradiquer la violence. Pour l’historien François Cusset, cette démonstration est une erreur d’interprétation. En effet, une certaine forme de violence a régressé. Par exemple, le taux d’homicides en France atteint actuellement le plancher historique de 1/100 000 habitants. Mais c’est sans compter la multiplication des atteintes non mortelles à l’intégrité physique. Dans le même sens, si l’on compare les grandes guerres du XXe siècle avec les nombreux conflits actuels disséminés dans le monde, ces derniers sont en fait plus meurtriers. Quant à l’écocide en cours, qui sacrifie inexorablement la planète, il est sans conteste l’une des brutalités extrêmes de notre époque.

Il existe aussi une autre forme de violence qui est systémique, invisible, celle qui est exercée par la finance. C’est une véritable « arme non militaire, une forme déterritorialisée (…) qui pour s’exercer n’a plus besoin d’un sol ou d’une armée. »

À l’ère de l’ultra-libéralisme, l’un des derniers rôles des états au service du capital consiste à désigner ce qui est violent ; pour eux, la défense active est la seule forme de violence à éradiquer. On l’a vu dans l’épisode de la chemise arrachée au DRH d’Air France : la justice a tranché en condamnant la sauvagerie des syndicalistes tout en ignorant la violence patronale qui licenciait 3000 employés. À une autre échelle, un pays entier peut être la cible d’une guerre financière comme la Grèce, « pays d’un crash test sans précédent, pour voir jusqu’où, dans l’Europe unie, on peut paupériser une population aux abois, dépecer une structure étatique, survivre sans services publics ».

Dans cet essai, François Cusset dénonce la cruauté de la société contemporaine. Non seulement il dénonce l’omniprésence de la violence, mais il nous invite aussi à lui résister (violemment, s’il le faut !). Et se libérer du rouleau compresseur mondialisé de l’ultra-libéralisme semble être la seule voie pour l’éradiquer.

CAROLINE GERARD
Juin 2018

Le déchaînement du monde,
François Cusset
La Découverte, 20 €