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Alain Mabanckou ouvre un monde - mais à moitié seulement

Les Noirs écrivent

Alain Mabanckou ouvre un monde - mais à moitié seulement - Zibeline

Le livre d’Alain Mabanckou dispense une curiosité contagieuse qui nous fait découvrir un monde. S’ouvrant sur une carte qui préfigure des rencontres, cet essai n’a rien de théorique ou, du moins, ne sépare pas théorie, anecdote, poésie et plaisir. Le Monde est mon langage trace les contours d’une littérature mondiale francophone contemporaine mais s’affranchit des cadres. L’écrivain nous fait passer par Pointe Noire (Congo) où il est né, mais commence à Paris où il enseigne actuellement au Collège de France, ne parle pas de cela mais d’une conférence de Le Clézio où il s’est endormi, file sur le continent américain… sans faire escale à Boston où il enseigne la littérature française mais à la Nouvelle Orléans où il rencontre un sans abri descendant de Toussaint Louverture… part vers Haïti, Buenos Aires, Madagascar, Brazzaville, Douala, Dakar, Conakry… Il y rencontre surtout des écrivains, francophones toujours, raconte aussi sa jeunesse, parle de ses lectures, de ses admirations, et on prend la mesure de l’ignorance où la France reste la littérature francophone noire. Loin d’avoir assimilé le « Tout-Monde » d’Edouard Glissant qui a déjà 20 ans (son explication de la créolisation est magistrale, et bouleversante), d’avoir compris ce que signifiait Camara Laye pour un enfant africain, loin surtout de reconnaître comme siens les nombreux écrivains qu’il évoque.

Reste, au fil des pages, une attente fébrile qui demeure déçue :  aucune femme, hors les épouses des écrivains, dans ses pérégrinations. Mabanckou échappe aux genres littéraires, mais pas aux aprioris genrés. Marie Ndiaye, Léonora Miano, Fatou Diomé ne font pas partie de ses admirations. Comme dans le « bordèle » flamboyant de Petit Piment, son dernier roman, le rôle des femmes est assigné. Dommage, pour qui ouvre un monde, de l’ouvrir à moitié.

AGNES FRESCHEL
Novembre 2016

Le Monde est mon langage
Alain Mabanckou
Grasset, 19 €