« Les choses que nous avons vues » d'Hanna Bervoets, édité par Le bruit du monde, sera le 3 mars en librairie

Les nettoyeurs du webLu par Zibeline

« Les choses que nous avons vues » d'Hanna Bervoets, édité par Le bruit du monde, sera le 3 mars en librairie - Zibeline

Dans Les choses que nous avons vues, l’autrice néerlandaise Hanna Bervoets offre une plongée saisissante dans l’univers des modérateurs de contenu chargés de veiller sur les images et les textes qui circulent sur Internet

« Qu’est-ce que vous avez vu, au juste ? ». Cette question, on n’arrête pas de la poser à Kayleigh. Sa tante, sa psy, son nouveau collègue, l’avocat qui intente une action contre la plateforme pour laquelle elle travaillait, tous veulent savoir. Alors Kayleigh raconte « simplement, juste une fois, [s]on histoire. » Les mois qu’elle a passés chez Hexa en tant que modératrice de contenu, les gens qu’elle y a côtoyés, les conditions de travail indignes que tous subissaient, les raisons pour lesquelles elle a quitté l’entreprise. Elle raconte tout cela sur un ton froid, désabusé, comme si elle se mettait à distance d’elle-même. Pour se protéger ? En tout cas, son récit, bref, percutant, fait mouche. Et l’on suit, captivé, le déroulement d’une histoire personnelle chahutée. Car ce que raconte Kayleigh, ce ne sont pas seulement les règles inhérentes à sa fonction (règles qu’elle a tellement intégrées que, seize mois plus tard, elle peut les dérouler sans erreur), ni les conditions harassantes d’un travail ingrat et anxiogène, ce sont tous les dégâts collatéraux qu’engendre ce genre de job. Elle évoque ainsi le « pétage de plombs » de son collègue Robert, chez d’autres la pernicieuse confusion entre réalité et virtuel, et surtout les effets délétères de ce travail sur sa relation avec Sigrid, rencontrée chez Hexa. Leur histoire d’amour ne résistera ni aux cauchemars ni aux insomnies de Sigrid, traumatisée par un drame annoncé qu’elle n’a pas su voir venir. Bien que très documenté -l’autrice cite d’ailleurs ses sources en fin d’ouvrage-, ce texte est une fiction. Un roman, qui aborde le thème de l’intérieur, ce qui lui donne ce ton et ce charme, particuliers. Une entrée originale dans l’univers impitoyable des modérateurs de contenu, selon le point de vue d’une jeune femme elle aussi originale, particulière. Fragile. Blessée. Déterminée pourtant à ce que « les choses » soient dites.

Ce roman est le premier ouvrage édité par Le bruit du monde, une nouvelle maison installée à Marseille depuis l’automne dernier. Un choix éditorial revendiqué par Marie-Pierre Gracedieu, qui souhaite porter une « littérature en prise avec les enjeux du monde contemporain ». Ce que Les choses que nous avons vues est assurément.

FRED ROBERT
Février 2022

Les choses que nous avons vues
Hanna Bervoets
traduit du néerlandais par Noëlle Michel
Éditions Le bruit du monde, 16 €

En librairie dès le 3 mars

À propos de la maison d’édition Le bruit du monde, on peut lire l’entretien avec Marie-Pierre Gracedieu et Adrien Servières, ainsi que l’entretien avec Alice Kaplan dont l’ouvrage Maison Atlas paraît aussi le 3 mars