Le discours pornographique de Marie-Anne Paveau paru aux éditions La Musardine

Les mots et la choseLu par Zibeline

Le discours pornographique de Marie-Anne Paveau paru aux éditions La Musardine - Zibeline

Oh que voilà un ouvrage stimulant sinon excitant à lire des deux mains tous neurones en action : les éditions de La Musardine, «spécialisées» en un domaine que suffisent à suggérer les guillemets à la française, ont construit en leur sein une collection bien nommée «L’attrape-corps» dévolue à la réflexion sur les questions de sexualité ; c’est donc dans ce cadre rigoureux mais pas triste que Marie-Anne Paveau, entre autres professeure en sciences du langage à Paris XIII, sème aux quatre vents de l’esprit le «dirty little secret» en analysant les formes et les fonctions du discours pornographique, stigmatisé de longue date par le double (parfois duplice) ordre moral et social. Visite guidée heureuse d’une terra quasi incognita en dehors de la visibilité «main stream» pas toujours affriolante ; déployée entre une préface du pragmaticien Dominique Maingueneau et une postface de la sexperformeuse Wendy Delorme, l’exploration loin d’être une simple recension (passage néanmoins méthodologiquement obligé) aborde avec une aisance et une liberté réjouissantes les formes spécifiques et pourtant diverses de la pornographie ; la table des matières (du grand art universitaire) présente un balisage serré des quatre cents pages en une approche éclectique quelque peu vertigineuse qui aboutit à la mise au clair du «post-porn» féministe et à l’affirmation qu’un autre porno est possible. Il ne manque pas un bouton de culotte à cet ouvrage qui sort les «porn studies» du monde anglo-saxon et gratifie de surcroît lecteur et  lectrice d’un humour discret loin de toute connivence extérieure. Saluons donc l’avènement de cette épistémopornologie libératrice et constructive !

MARIE JO DHO
Juillet 2014

Le discours pornographique
Marie-Anne Paveau
La Musardine, 18,50 euros

photo : Elise Padovani et Marie Jo Dhô plongées dans le discours pornographique © Agnès Freschel