Lu par ZibelinePassionnante lecture d'Apprendre à Finir de Laurent Maugnier par Elyssa Leydet Brunel

Les mots du désir

Passionnante lecture d'Apprendre à Finir de Laurent Maugnier par Elyssa Leydet Brunel - Zibeline

Spectacle atypique que celui de la lecture augmentée donnée au théâtre des Ateliers ! Évacuez immédiatement toute idée d’une virtualité censée « augmenter » notre réalité : le principe repose sur l’être humain, et la littérature. Inspiré du modèles des « Lectures plus » qui enchantent année après année les enfants et leurs accompagnants, il s’agit, certes, de lire un texte, mais, abandonnant le lutrin, la comédienne (extraordinaire Elyssa Leydet Brunel), seule en scène, accompagne les mots de mouvements, qui ne se contentent pas d’être une redite lourde du sens exposé : la finesse de la diction, la mobilité du visage, la sobriété de la tenue du corps, qui tient de la statuaire autant que de la chorégraphie, l’ourlent d’une nouvelle houle interprétative. Ainsi, la lecture d’Apprendre à finir de Laurent Mauvignier, (sans coupure aucune du texte, depuis le début de l’œuvre jusqu’à un peu plus de la moitié) rend sensible toute la finesse de son écriture, avec ses reprises, ses antiennes, ses arrêts, ses formes lapidaires, ses phrases qui ressassent, reviennent, creusent, chaque fois un peu plus l’écorce des êtres et des sentiments. La narration est enserrée dans le long monologue d’une femme que son mari s’apprêtait à quitter, mais, victime d’un grave accident, ce dernier se retrouve en convalescence dans la maison familiale. L’espoir de raviver la flamme éteinte grise un temps l’épouse délaissée. Une main posée sur la sienne lui ferait presque croire que certains passés peuvent s’effacer. Sa sollicitude est une sorte de revanche, et de prise de possession de l’autre. Médée en puissance, elle s’avoue capable de tuer même ses propres enfants pour que souffre l’infidèle autant qu’elle, qui se complaît dans le rôle de l’infirmière, ou plutôt de geôlière, toute puissante. Tragique, cruelle, fragile et pathétique à la fois, elle s’évertue vainement à dominer le temps, les êtres, alors qu’inéluctable, à l’image des fissures dans les murs de sa maison, l’usure a déjà fait son œuvre… La voix fraîche de la comédienne se glisse avec une subtile délicatesse dans les méandres de ce chant désespéré.

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2019

La lecture a été donnée le 15 novembre au Théâtre des Ateliers, Aix-en-Provence
Photo © Cagliari

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